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Mes plus grandes peurs concernant l’école à la maison

Plus notre rentrée sans école approchait, et plus mes insomnies étaient fréquentes. Si bien qu’au bout d’un moment, j’ai quand même fini par faire le lien entre les deux.

C’est souvent comme ça. Comme je suis quelqu’un de très optimiste, j’ai tendance à me focaliser sur le positif. Et la plupart du temps, c’est chouette. Après tout, la vie est tellement plus jolie quand on remarque en permanence le beau, le bien et le bonheur.

Le problème, c’est que mon cerveau sait d’expérience que remarquer uniquement le côté positif des choses n’est pas QUE une bonne idée. Il a donc créé une cellule de crise sous-marine dont la mission est de « trouver et prévenir tous les problèmes potentiels réels ou imaginés ». Cellule de crise qui opère uniquement entre 3 et 5 heures du matin. (Bin oui. Sinon c’est pas drôle.)

Parfois ça passe tout seul, avec juste un petit cauchemar. Parfois ça implique 2 semaines d’insomnies.

Même si je sais parfaitement pourquoi je veux faire l’école à la maison, que j’en vois tous les bénéfices potentiels et que je suis convaincue que c’est la bonne solution pour nous, il devenait urgent de rassurer la cellule de crise, histoire que je puisse dormir ! J’ai donc repris point par point les inquiétudes soulevées par la cellule : en gros, une liste de tous les échecs potentiels de cette nouvelle aventure.

  • Rater l’éducation de mes enfants, en faire des illettrés incultes et les traumatiser irrémédiablement,
  • Ne plus jamais avoir de temps pour moi, être irritable, leur crier dessus sans cesse et les traumatiser irrémédiablement,
  • En avoir ras la casquette au bout de quelques semaines / mois / années, les remettre à l’école en catastrophe et les traumatiser irrémédiablement,
  • Ne pas réussir l’inspection à la fin de l’année, devoir les remettre à l’école en catastrophe et… wait for it… les traumatiser irrémédiablement.

(Je t’épargne ici les items qui se trouvent systématiquement sur les rapports de ma cellule de crise interne mais qui n’ont aucun lien direct avec l’école à la maison. En vrac : cancer, accident nucléaire, attentat terroriste et autres joyeusetés que mon cerveau ne peut pas s’empêcher d’ajouter à la liste quand il fait un état des lieux des risques potentiels, quelle que soit la probabilité dudit risque. S’il est vrai que la collision de la terre avec un astéroïde m’empêcherait effectivement de faire correctement l’école à la maison à mes filles, c’est tout de même peu probable.

Bref.)

Peur #1 : rater l’éducation de mes enfants et en faire des illettrés incultes

La lecture est pour moi un enjeu important. Lire a été pour moi une source de connaissance tellement énorme que cette compétence me paraît être la clé de voute de tous les apprentissages. Il faut dire que les livres (et les blogs) m’ont appris des choses aussi diverses que cuisiner, programmer, guérir mon enfant intérieur, créer un site internet, dessiner, tricoter, ne pas crier sur mes enfants, gérer un projet, et même démarrer des conversations avec des inconnus (si si).

Ma grande (8 ans) sait déjà lire, et quand je vois à quel vitesse elle dévore les romans et documentaires qui se trouve à sa portée, je suis rassurée sur le risque d’inculture.

Quand à ma cadette, avec tous les livres, outils, conseils et exemples dont elle sera entourée, il est peu probable qu’elle n’apprennent jamais à lire. D’autant qu’elle me fait part régulièrement de sa frustration à ne pas savoir lire. La motivation et l’envie me semblent les éléments les plus importants ici, et ils sont présents.

Accessoirement, il faudra que je reste consciente que lire n’est pas la seule façon d’apprendre. Il paraît que certains enfants comprennent mieux en manipulant, et que d’autres retiennent mieux en écoutant. Et quand je vois qu’il existe des vidéos (gratuites !) qui t’expliquent en 7 minutes le principe ET l’intérêt du théorème de Thalès, je me dis qu’on vit une époque formidable.

Certes, il faudra que ma petite apprenne à lire à un moment donné, mais il n’y a pas d’urgence. Elle n’a que 4 ans et n’a même pas d’obligation d’instruction avant ses 6 ans. On a donc le temps ! En vrai, je pense que le problème principal va être de ne surtout pas nous mettre la pression à propos de la lecture (ou plutôt que JE ne LUI mette pas la pression).

Enfin, nous avons la chance d’avoir globalement un capital culturel plutôt élevé. (Est-ce politiquement correct, de dire un truc comme ça ? Je me demande…) Nous lisons beaucoup, seuls et avec nos enfants, nous avons une culture générale assez étendue, nous parlons plusieurs langues, nous avons des passions que nous aimons partager avec nos enfants, nous sommes entourés de plein de gens variés et intéressants, nous avons suffisamment d’argent pour acheter des billets de train, de spectacle ou de musée… En vrai, il y a peu de chances que nos enfants finissent totalement incultes.

Peur #2 : ne plus jamais avoir de temps pour moi, être irritable, leur crier dessus sans cesse

Là, je sais que c’est une de mes fragilités principales. Je suis plutôt introvertie et j’ai besoin de beaucoup de temps seule pour recharger mes batteries. Quand je ne m’accorde pas ce temps-là, mon cerveau me force à le prendre, généralement entre 3 et 5 heures du matin. (L’horaire fétiche de mon cerveau, il faut croire.)

Or, chacun sait que prendre du temps pour soi n’est pas chose aisée quand on est en permanence flanquée de deux petites filles de 4 et 8 ans. Ce temps, il va falloir que je le crée. Que je le garde jalousement. Que je le vois comme un cadeau que je fais à mes filles. Que je garde en tête les recommandations qu’on te donne en avion : mettre d’abord son propre masque d’oxygène avant d’aider ses enfants à mettre les leurs.

Dans un premier temps, j’ai prévu de me lever tôt le matin pour aller marcher. Il m’a fallu du temps, mais je sais maintenant que passer une heure à marcher seule avec mon chien le matin est essentiel à mon bien-être. Ça me ressource. C’est mon masque d’oxygène à moi. Et avec des paysages comme ça littéralement devant ma porte, ça devrait pas être une trop grosse corvée. (Mais bon, avec les températures qui avoisinent les -5° au réveil, je ne sais pas comment ça va se passer cet hiver…)

Peur #3 : en avoir ras la casquette au bout de quelques semaines, mois ou années

En plus d’être optimiste, j’ai tendance me être un peu trop passionnée. Et aussi, j’adore apprendre.

(J’avoue, c’est le genre de truc bidon que je pourrais sortir en entretien d’embauche. « Mes 3 plus grandes qualités ? Je suis optimiste, passionnée, et j’apprends très vite ! Ce sont aussi mes plus grand défauts… » Ok c’est nul, mais n’empêche que c’est vrai. Bref.)

J’ai tendance à me lancer à fond dans mes projets, en mode locomotive. J’y consacre 100% de mon énergie mentale et physique, j’apprends d’une traite tout ce qu’il y à apprendre sur le sujet, j’y pense jour et nuit (ou plus exactement, je n’arrive pas à ne pas y penser). Sauf qu’au bout d’un moment, quand j’ai fait le tour du sujet et que j’ai englouti le plus gros de ce qu’il y avait à apprendre, je me lasse.

Le problème, c’est que l’école à la maison, c’est un projet de longue haleine. Il va falloir que je tienne sur la durée. Interdit de se lasser d’ici 4 mois et de les renvoyer à l’école en catastrophe !

Ce qui me rassure, c’est qu’accompagner mes filles dans leurs apprentissages a le potentiel de rester passionnant longtemps. En vérité, c’est l’excuse parfaite pour faire ce que j’aime : passer mes journées à apprendre de nouveaux trucs !

Et puis bon, il y a quand même des « projets » pour lesquels je reste passionnée longtemps ! Mon mari, par exemple. Mes enfants, aussi. (Ouf, hein ?) La cuisine. La parentalité positive. L’écologie. Coldplay ! Ça fait des années que je suis à fond et je ne suis toujours pas lassée (au grand dam de ma famille, qui n’en peut plus d’écouter Coldplay…).

Ceci étant dit, je sais qu’il s’agit là d’une autre de mes fragilités et je vais être vigilante à ne pas trop donner d’un coup, pour ne pas m’épuiser. Mon nouveau mantra : « go with the flow and take it slow ».

(Je te l’aurais bien fait en français, mais « laisse toi porter et va lentement », ça ne rimait pas. Et chacun sait qu’un mantra fonctionne 1000 fois mieux quand il rime.)

Peur #4 : ne pas réussir l’inspection à la fin de l’année et devoir remettre les enfants à l’école en catastrophe

En droite ligne de mon passé d’écolière anxieuse, je te le donne en mille : la peur de l’examen !

Je t’en reparlerai, mais je n’ai pas prévu de suivre de cours par correspondance, ni même aucun curriculum. Je fais le pari (un pari réfléchi et appuyé de lectures et d’études, je précise) que de la même façon qu’elles ont appris à marcher parce qu’elles étaient entourés de marcheurs, mes filles apprendront à lire simplement parce qu’elles sont entourées de livres, de lectures et de lecteurs. Et de la même façon qu’elles ont appris à parler français parce qu’elles grandissaient dans un bain de français, elles apprendront l’histoire, la géo, les sciences, les maths et tout le reste parce qu’elles grandiront dans un bain de culture et de mises en situations diverses.

Il ne s’agit pas de les laisser livrées à elles-mêmes, et encore moins de les coller devant la télé toute la journée, mais d’être à l’écoute de leurs questionnements et de leurs motivations. Je suis convaincue que la même curiosité naturelle qui pousse les petits enfants à se demander pourquoi la lune est blanche et comment sont fabriqués les frigos (questions posées récemment par ma plus jeune) permet également aux mêmes enfants devenus grands de s’intéresser à l’Egypte ancienne, la peinture sur soie, la physique quantique, la littérature anglaise ou encore les tables de multiplication sous toutes leurs formes. Mon rôle et celui de mon mari sera d’être à l’écoute de leurs questions, de leur fournir les outils pour y répondre et de leur proposer de nouvelles idées un peu comme on leur propose déjà de goûter à de nouveaux plats.

Ceci étant, parce que ne pas réussir l’inspection est un risque réel, j’ai prévu de garder le plus de traces possibles des apprentissages de ma grande (la seule soumise à l’obligation d’instruction). Exercices, lectures, production d’écrits, mais aussi photos des créations éphémères et journal de bord de ses pérégrinations, je garderai tout (dans l’ombre, pour tenter de ne pas trop lui transmettre cette peur de l’examen) pour pouvoir « démontrer » que ma fille apprend bel et bien, qu’on « fait » quelque chose. Je lui proposerai également de tenir à jour des cahiers ou carnets pour consigner ses découvertes. Quand je vois à quel point elle adore feuilleter le Cahier de Vie de sa première année de maternelle, je pense que ça lui fera plaisir de tenir un Journal de Bord, un blog, un Cahier du Monde, un Livre des Siècles, un herbier ou que sais-je encore.

Promis, je ne manquerai pas de te raconter comment se passe la suite de cette aventure au quotidien.

Pourquoi nous avons décidé de faire l’école à la maison

Hier, nos deux filles n’ont pas fait leur rentrée comme la plupart des autres enfants. Nous faisons désormais l’école à la maison. Voici une petite liste non exhaustive des raisons qui nous ont poussé à faire ce choix.

(Tout au long de cet article, je parle au « je » parce qu’écrire au « nous » est un peu lourdingue, mais mon mari est sur la même longueur d’onde que moi sur toutes ces raisons.)

J’ai envie que mes enfants puissent apprendre en jouant.

Jouer est une des activités les moins valorisées et les plus sous-estimées dans notre société (combien de fois j’ai entendu « Arrête de jouer et travaille un peu, bon sang !! ») alors que c’est pourtant la manière d’apprendre la plus efficace et la plus agréable qui soit !

« Imaginez que vous soyez omnipotents et que deviez faire en sorte que les petits humains et les autres jeunes mammifères acquièrent les compétences nécessaires pour vivre leurs vies futures. Il est difficile d’imaginer une solution plus efficace que celle d’installer un mécanisme dans leur cerveau qui leur donne envie de s’entrainer à ces compétences, et qui récompense cet entrainement avec de la joie. (…) Peut-être que le jeu serait plus respecté si on l’appelait quelque chose comme ‘entrainement auto-motivé aux compétences de la vie’, » dit Peter Gray, dans Libre pour apprendre.

De même que les lionceaux et les chatons s’entraînent à chasser en jouant à chasser, les enfants s’entrainent à devenir des humains bien adaptés à leur culture en jouant aux compétences nécessaires pour cette adaptation. Et ce n’est pas juste une théorie, de nombreuses études démontrent l’importance du jeu. (Je te conseille d’ailleurs la lecture du livre de Peter Gray que je cite plus haut. Il est bourré de références et absolument passionnant.)

Le jeu libre, c’est à dire du jeu non dirigé par des adultes, devrait à mon sens être l’activité principale des enfants. Et je trouve difficile de concilier cela avec des journées remplies d’activités scolaires. Il reste bien peu de temps pour jouer quand on a casé le temps d’école, le temps de trajet et le temps de devoirs, sans compter le temps de « dépêche toi de prendre ton bain » et « va vite te coucher parce que tu te lèves tôt demain ».

J’ai envie que mes enfants continuent à aimer apprendre, toute leur vie durant.

Dans son livre, Peter Gray cite une étude dans laquelle on demande à des enfants de maternelle qui aiment dessiner de faire un dessin. Les expérimentateurs promettent à une partie des enfants une récompense pour avoir dessiné, mais rien à l’autre. Résultat : les enfants à qui on avait promis une récompense non seulement produisent des dessins moins aboutis et moins créatifs que les enfants de l’autre groupe, mais en plus, lorsque par la suite ils ont le choix de leur activité, ils évitent le dessin !

De nombreuses études confirment ce processus. Obtenir des récompenses, des bonnes notes, ou même, je soupçonne, l’approbation d’un adulte référent en échange d’un apprentissage transforme automatiquement celui-ci en « travail » et le rend moins attirant et moins intéressant. C’est tellement dommage !

Plus je lis sur la question, et moins j’ai envie que mes enfants soient soumis à des notes, évaluations, classements, punitions et récompenses qui viennent de l’extérieur. Je suis convaincue qu’un enfant a par défaut envie d’apprendre de nouvelles choses, et à mon avis, la joie qu’il ressent lorsqu’il acquiert une nouvelle compétence suffit amplement comme « récompense ». Il n’y a qu’à observer le bonheur qui rayonne d’un bébé qui vient d’apprendre à tenir debout tout seul. Aucun besoin de lui donner un 10/10, un « tb » ou de noter un point vert à côté de la compétence « tenir debout » pour le motiver à recommencer ou à s’entrainer à la compétence suivante : marcher !

J’ai envie que mes enfants soient sereins.

Mes filles sont « faciles ». Comme ses frères avant elles, elles sont de « bons éléments » en classe. Elles comprennent vite, globalement, et se comportent la plupart du temps avec respect et obéissance. Elles ne sont donc pas concernées par les punitions qui frappent certains des autres élèves plus tête en l’air ou moins dociles.

A moins que…

En fait, j’ai pu observer que voir un enfant se faire punir entraine énormément d’angoisse pour les autres enfants, mêmes si ceux-ci ne sont pas concernés par ladite punition. Celle-ci devient une menace, et se comporter « comme il faut » devient un impératif angoissant.

C’est comme ça que je me suis retrouvée plein de fois à sécher des larmes à 21h parce qu’un de mes enfants vient de se souvenir qu’il a oublié tel ou tel cahier et qu’il a peur de se faire punir. Ou à expliquer à une autre que ce n’est pas grave si jamais elle oublie les mots de la dictée d’ici demain mais que ok, si elle veut je peux la réveiller plus tôt pour qu’elle les révise une ènième fois avant de partir à l’école… en CE1 !!! Toutes les études (tout comme le bon sens, non ?) montrent que le stress va à l’encontre de la créativité, de la mémoire et des apprentissages. Comment cette anxiété pourrait-elle être une bonne chose ?

Accessoirement, il y a longtemps qu’on ne pratique plus la punition (ni la fessée) à la maison. Je ne souhaite plus soumettre mes enfants à ce genre de pratique à l’école.

J’ai envie qu’elles puissent apprendre aussi avec leur corps.

La première leçon qu’on apprend à l’école ? Reste assise et ne bouge pas.

Certes, il y a bien quelques minutes de récré ici ou là et une heure ou deux dans la semaine pour le sport, mais la majorité du temps que mes filles passent à l’école est passée assise, et toujours dans la même position.

Pourtant quand j’observe mes filles le mercredi, elles ne sont jamais assises bien longtemps. Et quand elles sont assises, c’est en tailleur, puis à genoux, puis jambes tendues, puis par terre, puis sur la table, puis dehors dans l’herbe… Leurs positions de repos sont hyper variées, et entrecoupées de moments où elles courent, grimpent aux arbres ou s’allongent à terre.

Leur corps est libre et elles sont libres de l’utiliser pleinement.

Pourquoi c’est important ? Parce qu’un enfant apprend aussi par le corps. Dans notre société, le savoir intellectuel, purement « cérébral » est valorisé par dessus tout, ce qui fait que lorsqu’on imagine un enfant « apprendre », on le visualise assis avec un livre, un cahier et un crayon dans les mains. On a plus de mal à imaginer qu’un enfant fait de la physique lorsqu’il grimpe aux arbres, de la SVT lorsqu’il se balade en forêt ou encore de la géométrie lorsqu’il construit une niche pour son chien. Et pourtant…

J’ai envie de privilégier notre relation.

J’ai envie de passer plus de temps avec mes filles. Et pas seulement plus de temps, mais plus de temps de qualité. J’en ai assez de leur créer une vie faite de « dépèche-toi » et de « on va être en retard ».  J’en ai marre de devoir me faire le bras armé d’une méthode éducative en laquelle je ne crois pas. J’en ai assez de les forcer à aller à l’école alors qu’elles n’aiment pas ça, de leur rappeler de faire leurs devoirs alors qu’on pense (qu’on sait !) toutes que c’est inutile, de signer des bulletins de notes que je trouve néfastes à leur bon développement.

J’ai envie de partager leurs joies, leurs frustrations, leur découvertes. J’ai envie d’apprendre et de m’émerveiller avec elles.

J’ai envie d’apprendre d’elles, aussi. Elles ont tant de choses à m’apprendre, ou plutôt, de choses à me ré-apprendre, des choses que j’ai oubliées depuis longtemps, comme profiter de l’instant, plonger pleinement dans une activité, laisser aller sa créativité sans limites…

Et j’ai envie d’avoir le temps de faire tout ça tout en les laissant libre de passer le plus clair de leur temps à jouer.

J’en ai envie, tout simplement.

Cela fait 10 ans que j’ai envie de déscolariser mes enfants. Dix ans que je réfléchis sur l’école, que je lis des livres sur le sujet. Dix ans que j’observe mes enfants rentrer à l’école avec joie et enthousiasme en septembre de leur première année de maternelle… et immanquablement, trainer les pieds pour y retourner dès le mois d’octobre. Dix ans qu’on tergiverse sur la question avec mon mari.

Côté éducatif, je me sens confiante. Je sais que c’est le bon choix pour mes enfants et ma famille. Mais c’est un choix hors norme, qui se heurte à l’une des plus grosses institutions de notre société, et qui va à l’encontre de nombreuses de nos croyances (y compris les miennes, on en reparlera). Pour moi en particulier, qui aime plaire à tout le monde, assumer ce choix s’annonce plutôt difficile. Une partie de moi a envie de continuer dans ce qui est facile et confortable. Après tout, mes enfants se portent plutôt bien jusqu’ici, ils ont de bonnes notes, ne peut-on pas juste en rester là ?

Mais, peut-être est-ce parce que mon aîné a eu 18 ans et qu’il est parti faire ces études cet été (ce genre de changement a tendance à bien remettre les points sur i), cette année je ressens l’urgence qu’il y a ne plus attendre. La vie, c’est maintenant. Ce n’est pas dans 10 ans quand elles quitteront aussi la maison que je pourrais faire ce choix avec mes filles.

Il y aura bien assez de temps pour choisir un chemin facile et confortable plus tard.

Voyage au centre de la terre pour trouver de l’eau. (Ou pas.)

Je t’en avais parlé l’autre jour, comme nous n’avons pas d’eau, nous avions pour projet de creuser pour trouver une source.

Nous avions fait passer deux sourciers différents, et tous les deux nous avait trouvé de l’eau au même endroit. L’un disait qu’elle était à 10 mètres de profondeur, l’autre la « sentait » à 6 mètres de profondeur. Nous avons donc fait venir un terrassier du coin (le frangin du 2ème sourcier) pour creuser à cet endroit. C’est un entrepreneur que plusieurs personnes nous ont recommandé chaudement parce qu’il travaille très bien et que, pour ne rien gâcher, il est très sympa.

Jour 0

C’est la course contre la montre : il faut vite terminer de déblayer une clairière de 20 mètres de diamètre pour la pelleteuse qui arrive d’un jour à l’autre. Ça fait 15 jours qu’on tronçonne, qu’on débarde, qu’on élague, qu’on trie, et qu’on empile du bois.

En 2003, il y a eu un énorme incendie qui avait tout brûlé chez nous, donc nos arbres sont de très jeunes arbres, entre 5 et 15 ans max. Pas bien épais, donc assez facile à abattre, mais pas non plus si fin qu’on peut les couper à la scie à main. Nous avons donc acheté une tronçonneuse Husqvarna, un modèle plutôt puissant et plutôt lourd. Sept kilos à vide et sans rien faire avec, soit beaucoup trop lourd pour moi et mes problèmes de dos, ce qui n’est pas pour me déplaire car ce genre d’engin me terrifie. J’ai dû regarder Massacre à la tronçonneuse un peu trop tôt dans ma vie…

C’est donc mon mari qui se colle à l’abattage des arbres. Comme il est novice en tronçonnage, nous avons aussi investi dans un casque intégral, des chaussures de chantier coquées, des gants de protection à toute épreuve, et un pantalon spécial qui soit-disant, te protège les jambes en cas d’attaque de tronçonneuse en enrayant la chaîne. (On n’a pas testé, mais c’est impressionnant à voir en vidéo – la démo commence à 1mn50, d’abord sans et ensuite avec.) Un coût d’équipement important, certes, mais nécessaire pour que je me sente assez rassurée en le voyant manier cet engin. Le trip « je vais vivre au fond des bois au beau milieu de la montagne » me plaît nettement plus quand je suis accompagnée d’un mari vivant et valide.

Cela dit, on se rend vite compte que le plus difficile quand on abat des arbres n’est pas de les faire tomber, mais tout ce qui vient après ! Avec une bonne tronçonneuse, abattre un petit arbre prend une minute. La suite, en revanche, c’est un boulot de dingue. C’est épuisant, et j’ai de sacrées courbatures…

Pour faire au plus rapide, on ébranche les troncs grossièrement et on stocke tout dans un gros tas un peu plus loin. Plus tard, on reviendra avec une broyeuse pour transformer les branchages en copeaux et on débitera les troncs en bois de chauffage.

Toute la famille s’y met, les grands comme les petits. (Plus les grands que les petits, avouons-le quand même…) En tout, c’est plus de 65 petits arbres qu’on tombe.

Jour 1

La pelleteuse est arrivée !!! C’est une surprise, on ne savait pas trop quand le chantier allait commencer. L’entrepreneur nous avait prévenu : il lui est difficile de savoir quand un chantier va terminer car il y a toujours des imprévus, donc difficile de dire quand le prochain pourra commencer.

J’ai des papillons dans l’estomac, c’est la fête à la maison, on est tous surexcités.

En 3 coups de pelle, le terrassier déblaye les quelques troncs qu’on avait pas fini de déplacer, déssouche les autres et éradique toutes les ronces autour, histoire d’avoir de la terre propre avant de creuser. L’idée, c’est d’éviter de tout mélanger avec la terre de remblais.

En 2 heures à peine, il a creusé à 6 mètres de profondeur. On est ravis de voir que ce n’est pas du tout rocailleux. Au contraire, le sol est composé de « gore », une sorte d’argile dans laquelle il est très facile de creuser.

Mon mari et moi restons bouches bées devant la puissance de cette pelleteuse qui creuse un trou dans la montagne comme je creuse un trou dans un yaourt avec une cuillère, et qui déplace des arbres comme si c’était des allumettes. C’est impressionnant à voir, totalement fascinant.

C’est la pause, on boit un café, on discute. (Oui, on est resté à regarder le chantier comme des gamins depuis 2 heures.) Il n’y a pas encore d’eau, mais il paraît que ça arrive fréquemment que les sourciers se trompent sur la profondeur et qu’il faille creuser un mètre ou deux de plus. Le gars remonte dans sa pelleteuse et continue à creuser. Nous retournons à nos écrans.

A midi il n’a creusé que jusqu’à 7 mètres. Plus on creuse profondément, plus il y a de terre à déplacer. Le risque d’éboulement augmente avec la profondeur et il faut consolider toujours plus avant de continuer.

Toujours pas d’eau, mais les parois du trou sont humides, ce qui est bon signe. Il nous dit qu’il a un rendez-vous cette après-midi mais qu’il reviendra demain matin avec son frère le sourcier pour confirmer l’emplacement avant de continuer à creuser.

Jour 2

Le sourcier est formel : l’eau est dessous, il la sent. Il suffit de creuser juste encore un peu. Le terrassier remonte donc dans sa cabine et creuse.

Le soir, nous  sommes à 10 mètres de profondeur, les murs du trou sont franchement humides, mais toujours pas d’eau. On commence à stresser sérieusement, d’autant que le terrassier est inquiet de ne pas être « tombé sur du dur ». La plupart du temps, les sources se trouvent dans de la roche, pas dans de l’argile. Or, il a creusé 10 mètres dans de l’argile.

À ce stade, le trou est impressionnant. Un tas de terre grand comme un immeuble de 5 étages, avec devant un trou profond comme un autre immeuble de 5 étages. Le paysage est complètement transformé, on ne reconnait plus rien. C’est hallucinant.

Jour 3

Le terrassier arrive avec dans le coffre de son pick-up une cuve de 4000 litres d’eau remplie à ras-bord pour alimenter nos réserves qui commencent à faire franchement la tête. C’est tellement gentil ! On respire un peu.

Deuxième bonne nouvelle : dans la nuit, le trou s’est rempli d’eau ! Est-ce de l’eau qui s’infiltre d’en dessous, ou qui ruisselle depuis les parois ? Aucune idée, mais quoi qu’il en soit, c’est un bon signe. L’entrepreneur remonte dans sa cabine et creuse encore.

À midi, 12 mètres de profondeur, toujours pas d’eau.

Le terrassier doute, commence à insinuer que ce serait peut-être mieux d’arrêter là. Il rappelle son frère, le sourcier, qui repasse. Celui-ci ne comprend pas, l’eau est bien là, juste en dessous. Ils tergiversent un moment, on sent qu’ils sont mal à l’aise, que ça ne doit pas leur arriver souvent, ce genre de problème. Ils sont sincèrement désolés, envisagent d’arrêter pour ne pas faire monter la facture inutilement, mais après un moment, l’entrepreneur déclare que de toute façon la journée est presque finie, alors autant remettre un dernier petit coup de pelle, au cas où.

18 heures, 14 mètres de profondeur, et il y a de l’eau !!!

Joie, soulagement, espoir. Nous visualisons de longues douches chaudes et de croquantes salades lavées à grande eau. J’ai envie de sauter sur place d’excitation.

À cet instant, quelques minutes après avoir constaté l’eau jaillissant au fond du trou, il se met à pleuvoir très fort, pour la première fois depuis des semaines ! Non seulement on aura bientôt une source qui coule, mais en plus, nos cuves (qui récupèrent l’eau de pluie) débordent !! On a carrément trop d’eau !

Mon mari prend une longue douche en sifflotant pendant que je lance une lessive en chantonnant. Je crois que je n’ai jamais été aussi contente de faire une lessive.

Jour 4

Le terrassier est revenu avec un « chargeur », un espèce de gros engin pelleteur qui permet de pousser la terre de remblais plus facilement et plus vite.

Il faut dire que de la terre, il y en a !! Jusqu’à présent, il a déplacé pas moins de 5000 mètres cubes de terre !

Toute la journée, il « remue du remblais ». L’objectif est de solidifier et sécuriser l’ensemble, puis ensuite de creuser une tranchée de 20 mètres de long pour faire sortir la source plus bas dans la montagne, à peu près à la hauteur de notre maison.

Il nous demande d’abattre d’autres arbres pour pouvoir faire de nouveaux tas de remblais. À la fin de la journée, le chantier couvre désormais un demi hectare de la propriété.

C’est énorme. Gigantesque.

Ding dong. Notre voisin sonne à la porte. Il a repéré notre chantier depuis l’autre côté de la montagne et il aimerait jeter un coup d’oeil.

Effectivement, depuis la montagne d’en face (à 3 kilomètres, donc), on voit un tas de terre plus gros que notre maison.

Jour 5

Les jours se suivent et se ressemblent. Une pelleteuse qui creuse, un chargeur qui déplace de la terre, heure après heure.

J’oscille entre l’espoir d’avoir bientôt de l’eau et le désespoir de voir ce carnage biologique. Tous ces arbres morts, toute cette terre retournée. Certes, nous brûleront le bois pour nous chauffer, il n’est pas gâché. Et nous avions de toutes façons pour projet de réhabiliter les pâturages pour y mettre des brebis, donc de couper la plupart de ces arbres. Mais tout de même, je regarde le chantier, je pense aux millions d’insectes et de micro-organismes que nous avons détruit et j’ai mal.

Heureusement, c’est pour la bonne cause, me dis-je. Enfin…

Jour 6

En arrivant, le terrassier a la mauvaise surprise de constater que la paroi gauche du trou s’est éboulée et a rebouché une bonne moitié de la cavité. Une bonne partie du travail des deux derniers jours est à recommencer.

Cette fois, l’entrepreneur est venu avec un ouvrier pour l’aider. L’un manie la pelleteuse, l’autre le chargeur. A deux, forcément, ils travaillent plus vite. À la fin de la journée, ils ont tout réparé, sécurisé le chantier et re-creusé le trou, cette fois jusqu’à 16 ou 17 mètres de profondeur.

Le problème, c’est qu’il n’ont pas retrouvé l’eau. Plus d’eau. Ils ne comprennent pas. Repartent dépités. Nous laissent dégoutés.

On rumine toute la soirée. Mon mari n’y croit plus et fait déjà le deuil. Je continue à espérer. L’eau était là, je l’ai vue ! Elle n’a pas pu disparaître, si ?

Si ?

Si.

Jour 7

L’entrepreneur revient avec son ouvrier et son sourcier. Conciliabule au fond du trou.

(Ce n’est pas très clair sur cette photo, mais le fond du trou est encore 5 à 6 mètres sous les pieds des gens, devant la personne à genoux.)

Le sourcier dit que l’eau est toujours là, mais qu’elle est repartie plus bas, ou à côté. L’argile qui était tellement pratique pour creuser au début se révèle être le plus gros problème du chantier. L’argile est mouillée, c’est gluant. En creusant, le godet de la pelleteuse retire la terre, mais en même temps, referme et rebouche les petites veines d’eau, qui du coup, se mettent à couler ailleurs, plus bas ou à côté.

Creuser plus profondément avec une pelleteuse est dangereux, le risque d’éboulement augmente à chaque coup de pelle. De toutes façons, le coût finira par être prohibitif, avec peu de certitude sur la présence de l’eau à la fin.

Au bout d’une heure de tergiversation, on décide d’arrêter là les frais.

Tout ça pour rien.

DIY : pots à thé, café et tisanes en peinture ardoise

En attendant que l’eau jaillisse de notre source tel un geyser islandais (c’est beau de rêver, non ?), je continue l’aménagement de la maison.

Certes, c’est moins impressionnant que la pelleteuse (tu as vu la vidéo sur ma page Facebook ?), mais ça fait du bien au quotidien.

J’aime faire moi-même le mélange pour mes tisanes et mes thés. Dans mon ancienne cuisine, j’avais accumulé des dizaines de sortes de plantes différentes : un joyeux bordel de bocaux, sachets et boîtes métalliques, comme un trésor d’Ali Baba dissimulé derrière une porte de placard.

Dans cette nouvelle cuisine, je manque de place dans les placards, ce qui fait que mes plantes se sont retrouvées sur une étagère au dessus de l’évier. Et figure-toi qu’un joyeux bordel qui est à la vue de tous, bin c’est moins un trésor que juste du bordel.

J’ai eu envie d’ordre.

Mieux que ça, il me fallait de l’ordre que je pouvais fabriquer moi-même à pas cher, et qui pourrait s’adapter à mes besoins futurs (au cas où mes plantes fétiches changent, ce qui, me connaissant, est certain de se produire).

J’avais de vieux bocaux Ikea Droppar qui ne me plaisaient plus : l’extérieur givré empêche de voir correctement l’intérieur, le sceau du couvercle n’est pas parfaitement étanche et aucune des tentatives d’étiquetage que j’ai essayé au fil des années ne m’a convenu sur le long terme, que ce soit d’un point de vue esthétique ou pratique.

J’ai eu envie de les repeindre avec de la peinture ardoise, pour pouvoir écrire dessus à la craie ensuite. Facile à faire, facile à adapter ensuite, pas trop cher. C’est parti !

J’ai commencé par coller du scotch de peintre sur le haut du bocal, pour éviter de dépasser. Puis j’ai repeint l’extérieur avec une sous-couche spéciale verre.

Ensuite, j’ai repeint par dessus avec 2 couches de peinture ardoise sans solvant de la marque Linea. Je n’avais pas de rouleau (et de toutes façons, il faut beaucoup trop d’eau pour laver un rouleau !) donc je me suis contentée de faire ça au pinceau, en changeant de sens à chaque fois : une fois horizontalement, une fois verticalement.

Une fois sec, j’ai poncé avec un papier de verre fin pour lisser le tout. Les coups de pinceaux croisés laissent une texture qui ressemble un peu à du papier tissé, j’aime beaucoup l’effet.

Ensuite j’ai embauché mes filles pour crayonner partout dessus à la craie. (Elles ont adoré !) On a ensuite effacé, puis j’ai rincé le tout et laissé bien sécher.

Ensuite, j’ai sorti mes petits tampons alphabet, un vieux feutre à craie que j’avais dans mon bac à bricolages créatifs et j’ai tamponné le nom de mes plantes sur les bocaux. Ce genre de craie liquide s’efface en frottant avec une éponge humide, mais ne bouge pas quand on la touche avec des doigts à peu près secs. Parfait donc pour ce genre d’utilisation.

Résultat ? De l’ordre !

Un peu austère, comme ça, mais au milieu d’une pièce qui fait cuisine + salle à manger + entrée et qui est toujours un peu en bazar, c’est parfait !

Après coup, je me suis quand même dit que d’un point de vue écologique, la sous-couche verre, c’était probablement pas la meilleure chose. Après tout, c’est un peu du plastique liquide. Si c’était à refaire, je ne suis pas sûre que je referai. En revanche, maintenant que j’ai acheté ce pot de plastique liquide, autant l’utiliser ! Elle permet de peindre sur du mélaminé et du carrelage, donc je m’en servirai probablement aussi pour ça. À suivre…

Anne, 4 enfants, je partage ici mes aventures ardéchoises. Au programme : cuisine locale et de saison, projets DIY, réflexions sur l’écologie… En savoir plus…

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