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Chaque année pour Pâques, la tradition familiale veut que nous organisions une chasse aux oeufs dans le jardin avec les enfants. Cette année, après bientôt un an à essayer de réduire notre empreinte écologique en mangeant local et en minimisant les emballages, l’idée d’acheter des oeufs en mauvais chocolat, emballés dans de multiples couches de plastique et d’alu non recyclables, le tout fabriqué Dieu sait où dans Dieu sait quelles conditions par Dieu sait qui, le tout juste pour pouvoir les cacher un quart d’heure dans le jardin avant qu’ils ne soient dévorés en 3 minutes top chrono par des gloutons en culottes courtes certes mignons mais dont les mains collantes laisseront derrière eux une trainée d’emballages qui se retrouveront à moisir tristement dans une décharge pendant les 300 prochaines années… bref, cette idée ne m’emballait pas (c’est le cas de le dire).

Trouver du chocolat local, impossible, forcément (même avec le réchauffement climatique, ce n’est pas demain la veille que des cacaoyers pousseront en Ardèche), mais je pouvais au moins limiter la quantité d’emballage et faire travailler les artisans locaux.

Je suis donc allée acheter des oeufs en chocolat chez l’artisan-chocolatier du coin. Inutile de dire que j’en ai acheté moins que d’habitude parce que forcément, le prix de ces excellents petits oeufs n’est pas le même que ceux de chez Lidl. Mais je sais que ça les vaut parce que bien sûr j’ai goûté avant… Oui, il faut savoir se dévouer. Pour les enfants, hein, bien sûr… Cela va sans dire.

Je lui ai gentiment demandé d’aller me chercher des oeufs pas emballés à l’arrière et de me les emballer dans un sac en papier, histoire d’éviter les kilomètres de plastique transparent qui étouffent les chocolats d’habitude. (Oui, la cliente souriante mais chiante qui a des demandes bizarres mais qu’on supporte parce qu’elle achète beaucoup de chocolat pour ses multiples enfants, c’est moi.)

Sauf que l’emballage, parfois, c’est bien pratique. C’est notamment ultra utile pour la phase « cachette dans le jardin » quand on n’est pas forcément fan du chocolat aromatisé à l’herbe, à la terre et aux éventuelles crottes de lapin.

Je me demandais donc comment faire pour protéger mes oeufs plaqués or en chocolat artisanal pendant ce moment délicat quand je me suis souvenue d’une chasse aux oeufs organisée dans un parc parisien où les organisateurs avaient caché des oeufs en plastique qu’on pouvait ensuite échanger contre leur version chocolatée, restée, elle, bien à l’abri à côté des organisateurs.

Et pour éviter d’acheter des oeufs en plastique juste pour les cacher 10 minutes dans le jardin, je me suis rabattue sur des vrais oeufs. Car le gros avantage de l’oeuf de poule, c’est que l’emballage étanche et biodégradable est une option de série. Pratique !

Il ne me restait qu’à « pâquifier » quelques oeufs (« quelques » étant relatif parce que comme je disais, j’ai de multiples enfants et j’aurai même quelques invités ce weekend), tout en nous laissant la possibilité de les manger après la fête (parce qu’il ne s’agit pas de gaspiller 6 douzaines d’oeufs non plus, faut pas pousser mémé dans les bras du chocolatier…)…

Aussitôt dit, aussitôt fait, c’était parti pour une activité de teinture végétale DIY pour oeuf de Pâques bio.

Ingrédients :

4 douzaines d’oeufs, cuits durs
1 demi petit chou rouge, coupé en lanières (pour du bleu ou vert-de-gris)
2 betteraves moyennes crues, épluchées et coupées en dés (pour du rose ou du rouge ou bordeaux)
4 cs de curcuma frais ou en poudre (pour du jaune d’or ou jaune moutarde)
les peaux de 4 oignons rouges (pour du rose foncé ou du chocolat)
4 cs de vinaigre blanc
4 cs de gros sel
un peu d’huile végétale

Préparation :

Placer le chou en lanières avec 600 ml d’eau dans une casserole. Porter à ébullition puis laisser mijoter 10 minutes. Laisser refroidir, filtrer et verser le liquide dans un grand bocal avec couvercle. Ajouter 1 cs de vinaigre, 1 cs de gros sel et mélanger.

Ajouter délicatement les oeufs cuits durs dans le bocal à l’aide d’une cuillère, fermer le couvercle et mettre au frigo de 30 minutes à 4 heures, en fonction de la couleur désirée. Sortir les oeufs délicatement à l’aide d’une cuillère, puis sécher en tapotant très doucement avec un chiffon.

Une fois l’oeuf complètement sec, déposer une goutte d’huile au creux de sa main et étaler une très fine couche d’huile à l’extérieur de chaque oeuf pour le faire briller.

Recommencer le processus avec les betteraves, puis avec le curcuma, puis avec les peaux d’oignon.

Remarques :

Surtout saute pas l’étape du refroidissement du bain de teinture ! Ne plonge pas les oeufs dans un mélange chaud qui contient du vinaigre car ce dernier va ronger la coquille en même temps de la teindre et le résultat sera raté ! (J’ai testé pour toi… #troppressée)

Tu peux bien sûr réutiliser chaque bain plusieurs fois. Personnellement, ça fait deux jours que je sors 2-3 oeufs colorés de chacun de mes bocaux toutes les 3 heures pour les remplacer par de nouveaux.

En fonction de la couleur d’origine des oeufs, le rendu final ne sera pas forcément le même. Le chou fait du bleu sur des oeufs blancs et du vert-de-gris sur des oeufs brun clair, par exemple. De même, la durée de trempage des oeufs dans la teinture fait varier l’intensité de la teinte finale. N’hésite pas à faire des essais !

Bien sûr, tu peux tout à fait manger les betteraves et le chou ensuite. Pas de gaspillage ! De même, les oeufs durs se gardent au moins une semaine, donc si la chasse aux oeufs ne dure pas plus de 2 ou 3 heures et que tu ne caches pas les oeufs en plein soleil, tu peux tout à fait en faire l’élément central d’un pique-nique après la chasse aux oeufs, ainsi qu’une salade (avec les betteraves par exemple !) le lendemain midi. Tu peux aussi t’en servir comme centre de table pour le repas de Pâques.

Si tu veux garder les coquilles d’oeufs plus longtemps (pour les utiliser en déco, par exemple), tu peux teindre des oeufs crus, percer un petit trou à chaque extrémité de l’oeuf, souffler dans un des trous pour faire sortir le contenu de l’oeuf par l’autre, rincer délicatement l’intérieur et laisser sécher complètement. La coquille vide sera plus fragile mais se conservera indéfiniment. (Et tu peux faire des omelettes avec le contenu des oeufs, of course.)

Dernier conseil : attention, ça tache !! Porte un tablier et n’utilise que des torchons ou chiffons dont tu te fiches s’ils sont teints irrémédiablement !