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L’année dernière, je te disais qu’on faisait peu d’instruction formelle et qu’on pratiquait « l’unschooling ». Ce n’est plus tout à fait vrai.

En fait, depuis le début, j’envisage mon rôle dans l’éducation de mes enfants de la même manière que celui concernant leur alimentation. Comme tout le monde, je souhaite que mes enfants apprécient toutes sortes de mets, qu’ils mangent équilibré, qu’ils sachent cuisiner au moins quelques plats de base et qu’ils puissent se tenir à table correctement.

Alors j’essaie de leur montrer l’exemple en mangeant correctement et en leur proposant une grande variété de plats. Inciter à goûter, oui, mais jamais forcer. Leur montrer à quel point j’apprécie tel ou tel aliment avec enthousiasme. Eviter le junk food à la maison pour ne pas les tenter, tout en leur proposant autre chose de délicieux à la place. Leur montrer l’exemple en cuisinant souvent et leur déléguer la préparation de quelques repas.

De même, j’aimerais que mes enfants aient une culture générale étendue, qu’ils soient curieux de toutes sortes de sujets variés, qu’ils aient au moins les connaissances de base en mathématiques et français et qu’ils sachent s’exprimer correctement et logiquement, à l’oral comme à l’écrit.

Côté école, j’envisage donc mon rôle exactement de la même façon que pour la nourriture : leur présenter plein de sujets différents, inciter à tester mais ne jamais forcer, leur communiquer mon enthousiasme pour différentes matières, limiter les temps d’écran bouffe-temps tout en leur proposant d’autres activités intéressantes, et leur montrer l’exemple d’apprentissages variés, de curiosité insatiable et de beaucoup beaucoup de lectures.

Et quand j’ai découvert la pédagogie Charlotte Mason, j’ai tout de suite été séduite. Notre rôle d’éducateur, selon elle ? « Étaler un festin abondant et délicat dans les programmes et laisser chaque petit hôte assimiler ce qui lui convient. » Exactement. Nourrir l’esprit comme on nourrit le corps. Ça, ça me parle bien !

L’année dernière, j’ai testé plusieurs idées issues de cette pédagogie et j’ai été surprise à chaque fois que mes filles soient si réceptives. Qui l’eut crû, par exemple, que deux petites filles de 4 et 8 ans adoreraient étudier l’oeuvre de Salvador DalÍ ?

Depuis la rentrée, j’ai donc infusé de plus en plus d’idées Charlotte Mason dans notre programme quotidien, qui s’est peu à peu complètement transformé. Aujourd’hui, il ressemble plutôt à ça :

Une structure à base d’habitudes et de routines

Chaque jour ressemble un peu au précédent, chez nous. Pas besoin de se poser de questions, nous avons mis en place une petite routine qui roule toute seule facilement :

  • Un « English Breakfast ». À l’heure du petit-dèj, je me transforme soudainement en « American Mom » qui, comme chacun le sait, ne sait malheureusement pas parler français (sorry !). Je dois donc faire moult mimes et langage des signes pour que les enfants me comprennent, c’est assez cocasse !
  • Une séquence « école » quotidienne (oui, on fait aussi souvent école le weekend), juste après le petit dej et souvent en pyjamas. La veille, j’écris le programme du jour dans le « cahier de la directrice », on fait, on coche. La grande majorité de notre école est faite ensemble à base de lectures à haute voix. J’y reviendrai un peu plus bas.
  • Deux moments de rangement quotidiens. Jusqu’à il y a peu, j’avais l’impression de passer ma vie à essayer de remettre en ordre le tsunami de bordel permanent déchaîné dans la maison par mes enfants. D’autant plus que le niveau de bazar a nettement empiré depuis que les filles sont à la maison tous les jours, tout le temps. Forcément. De tout ça découlait une impression d’échec domestique permanent et je m’épuisais de vivre sans arrêt dans le bordel, et en pyjamas. Désormais, on s’habille le matin et on range le bazar le soir. Révolutionnaire, non ? Oui je sais, ça paraît tout bête. Tellement tout bête que je me demande bien pourquoi j’ai attendu 20 ans pour mettre ça en place parce que ça a changé ma vie. Vraiment.
  • Une après-midi de jeu libre, avec ou sans copines.
  • Un moment dédié aux écrans en tous genres, en fin d’après-midi. (Oui, tu l’as deviné, après le rangement du soir. Une carotte pour faire les trucs les moins fun, ça aide toujours !) J’ai téléchargé quelques jeux éducatifs (mais ludiques), nous sommes abonnés à Bayam et elles peuvent envoyer des messages à leurs cousines et amies. Pas d’accès libre à Youtube ni Netflix, toutefois.

À titre personnel, je suis plutôt du genre pas-structurée-pour-un-sou-qui-a-juste-envie-de-faire-ce-qu’elle-a-envie-de-faire-quand-elle-a-envie-de-le-faire alors suivre cette routine au quotidien pour montrer l’exemple aux enfants me demande énormément d’efforts. C’est même probablement ce qu’il y a de plus difficile pour moi dans nos journées d’école. (C’est dire à quel point je suis bordélique de nature !)

Mais quand je vois à quel point c’est utile, pour moi comme pour mes enfants, j’ai envie de persévérer ! (Une maison rangée tous les jours ! Plus de demandes incessantes pour utiliser la tablette en journée ! Plus de négociations interminables pour savoir qui débarrasse la table ou quand est-ce qu’on doit sortir le compost ! C’est magique !)

Un programme à base de lectures à haute voix et de « living books »

Charlotte Mason recommandait d’utiliser des « livres vivants », c’est à dire des « ouvrages beaux et bien écrits, qui enseignent sur la vie, les valeurs morales et le dépassement de soi. » comme l’explique le blog Petits Homeschoolers (qui en passant propose une liste assez fournie de ce genre de livres). « La plupart du temps ils apportent des connaissances d’une manière engagée et amusante. Écrits par un auteur passionné par le sujet, ils ont une ‘âme’. »

Bref, de bons livres qui donnent envie de lire. (Contrairement à la plupart des manuels scolaires, il faut bien l’avouer.)

En ce moment, par exemple, nous lisons :

  • Naissance d’une cité romaine, de David Macaulay (1 à 3 pages par jour) : un livre génial qui raconte les techniques de construction et le mode de vie des anciens Romains à l’aide de dessins qui sont à la fois très simples à comprendre et extrêmement détaillés.
  • Le petit Monde de Charlotte, de E.-B. White (1 chapitre par jour) : un petit roman de débutant tout mignon qui permet de démarrer des discussions sur des thèmes comme la vie, la mort, le végétarisme, l’amitié, le courage, etc.
  • Harry Potter à l’école des sorciers, de J.K. Rowlings (une dizaine de pages par jour car les chapitres sont loooongs !) : faut-il présenter ce livre ? Ma grande n’ose pas encore lire de gros pavés comme celui-ci toute seule, alors le fait de le lire ensemble permet d’en dédramatiser la lecture et d’aborder plein de nouveau vocabulaire. Sans compter les discussions intéressantes que ça suscite, par exemple sur les mauvais traitements faits aux enfants.
  • Un ou deux albums sur des thèmes très variés, en fonction de ce que je trouve à la bibliothèque et des thèmes qu’on aborde par ailleurs. Un exemple de ce matin : La dame des livres, de Heather Henson, illustré par David Small. Un album émouvant qui raconte l’histoire des « Pack horse librarians », ces bibliothécaires itinérantes du Kentucky des années 1930. Un peu de géo, un peu d’histoire, et une belle leçon de vie, le tout avec une oeuvre de d’art sur les genoux : j’adore !
  • Les aventures de Tom Sawyer, de Mark Twain, sous forme de livre audio lorsque nous sommes en voiture, en route vers une activité.

Un curriculum très varié

Nous étudions plein de sujets, un ou deux chaque jour en plus de nos lectures. Par exemple :

  • Les mathématiques. Nous apprenons les tables de multiplications à l’aide de chansons (« Les tables de multiplications », sur Spotify), faisons des exercices dans des cahiers (elles adorent ça toutes les deux, va comprendre) et suivons aussi les cours de maths (super bien faits !) sur Khan Academy.
  • Les sciences. Nous regardons beaucoup (beaucoup !) d’épisodes de C’est pas sorcier. Nous faisons aussi des petites séquences d’étude sur un animal en particulier (une vidéo regardée ensemble puis un coloriage collé dans le cahier, par exemple, ou encore un album lu ensemble et un résumé écrit dans le cahier).
  • Le français. En plus des lectures à haute voix quotidiennes, nous faisons de rapides dictées (2 ou 3 phrases max) qui permettent d’aborder des règles d’orthographe et de grammaire.
  • L’histoire des arts. Nous faisons toujours le jeu de l’artiste, avec Gauguin cette fois.
  • La géographie. Nous faisons de très courts quizz de géographie sur carte (nommer les pays d’Europe sur une carte vierge en 3 minutes, par exemple), ou encore lisons un album ayant pour contexte un pays particulier qu’on situe ensuite sur une mappemonde.
  • La poésie. Nous lisons une poésie chaque jour, juste pour le plaisir d’écouter des jolis mots (même si on ne comprends pas toujours tout !). Et de temps en temps, nous en apprenons une par coeur ou nous la copions dans le cahier pour ensuite l’illustrer. Nous écoutons aussi les fables de La Fontaine en voiture, sous forme de livre audio.
  • Le dessin ou la peinture. Elles pratiquent de leur côté lorsqu’elles en ont envie, l’après-midi ou pendant nos lectures, mais je leur montre parfois des techniques spécifiques à l’aide d’une vidéo ou d’un livre.
  • La musique. Les filles assistent à un cours de piano une semaine sur deux et ma grande s’entraine seule de temps en temps à la maison. J’essaie aussi en ce moment de mettre en place un moment de « chorale familiale » où nous chantons tous ensemble, mais ce n’est pas encore gagné. À suivre !
  • La danse. J’ai acheté des billets pour plusieurs spectacles de danse à Valence cette année et nous avons regardé pas plus tard qu’hier le ballet Casse-noisette de Tchaïkovski sur Netflix.

Ça peut paraître énorme, comme programme (surtout que je pourrais continuer la liste et parler de mythologie, du cahier de vie, …), mais les séquences sont très courtes et toujours ludiques.

Et surtout : je ne fais que proposer. Je fais une liste des suggestions du jour dans un petit carnet (qui a été surnommé « le cahier de la directrice ») et une des filles est chargée de diriger les apprentissages et de cocher ce qu’on a fait au fur et à mesure.

Si elles n’ont pas envie de faire une activité ou d’aborder un sujet, je n’insiste pas, mais j’y reviens quelques jours, semaines ou mois plus tard, éventuellement sous une autre forme. Exactement comme je ferais, finalement, si j’essayais de faire aimer la châtaine à une enfant qui n’est pas (encore) fan.

Nous passons 2 heures par jour grand maximum à faire l’école, et toujours dans la bonne humeur. D’ailleurs, je me focalise plus sur l’ambiance qui se dégage de ces moments que sur les apprentissages eux-mêmes. Mon objectif principal est que nous passions un bon moment ensemble et seulement accessoirement, que nous apprenions des choses.

Et pour le moment, ça marche ! Pourvu que ça dure !