Sélectionner une page

Comme je te le disais la dernière fois, nous sommes passés en mode « économies d’eau ». Que dis-je… Nous sommes carrément devenus des warriors de l’économie d’eau !

Nous consommons en moyenne 130 litres par jour à 5. Plus un chien. Et quatre poules. (Pour te donner un point de référence, il paraît qu’un adulte français consomme environ 160 litres d’eau par jour. À lui tout seul.)

C’est « l’avantage » de n’avoir pas trop le choix. Pour faire durer l’eau de notre cuve le plus longtemps possible, nous avons été contraints de mettre en place tout un tas de façons d’économiser de l’eau.

Il y a d’abord les astuces qu’on trouve habituellement quand on parle d’économies d’eau :

  • Prendre des douches plutôt que des bains. (Celle-ci était particulièrement facile : nous n’avons pas de baignoire.)
  • Éteindre le robinet quand on se brosse les dents ou qu’on se rase. (Mon mari a choisit l’option « porter la barbe », encore plus économe !)
  • Vérifier qu’il n’y pas de fuite. (Je peux te dire qui si on remarquait une fuite, on serait dessus en deux minutes comme des mouettes derrière un bateau de pêcheur.)
  • Remplir à fond la machine à laver avant de la lancer. (Nous allons carrément au lavomatic, et crois-moi, j’attends le touuuut dernier moment pour le faire…)

Et puis il y a toutes les autres techniques, imaginées et mises en place au fur et à mesure, par nécessité.

Repenser la façon dont on se lave

Nous n’avons pas d’eau, certes, mais hors de question pour moi de lâcher quoi que ce soit sur l’hygiène corporelle. Je n’ai pas envie que nous soyons cette famille qu’on sent venir de loin ! Nous continuons à nous laver chaque jour, et à nous brosser les dents plusieurs fois par jour.

Mais nous avons changé nos habitudes.

Là où mes filles prenaient un bain chaque soir, elles prennent désormais une micro douche 1 jour sur 2. Par micro-douche, je veux dire qu’on mouille en 2 secondes, on éteint l’eau, on savonne, on rince en 10 secondes. Elles ont très vite pris le pli et c’est devenu un jeu de qui peut se laver le plus vite possible. Les jours sans douche, je les lave avec un gant et un peu d’eau savonneuse dans une petite bassine. Ça suffit amplement.

Nous autres adultes, ados et « presqu’adultes » (tous ceux qui ont tendance à puer plus facilement, en somme) avons conservé une douche quotidienne (de toutes façons, j’aurais trop du mal à m’en passer), mais elle a réduit considérablement en longueur et jamais au grand jamais nous ne nous savonnons en laissant couler l’eau. Je pense d’ailleurs que c’est ça le sacrifice le plus grand que je fais au nom des économies d’eau : me savonner dans l’air glacé de l’aube sans laisser l’eau chaude couler à côté… BRRRRRR ! De son côté, mon mari prend des douches luxuriantes… au gymnase après ses séances de badminton. À poil entouré de plein d’autres gens, donc. Chacun fait les sacrifices qu’il peut !!

Et bien sûr, hors de question de gaspiller l’eau qui coule en attendant que l’eau chaude arrive ! Nous sauvegardons précieusement cette eau froide dans un seau pour la donner ensuite aux poules ou au chien. (Cet été, je commençais mes douches directement avec l’eau froide, mais bon… l’automne est arrivé ! Je suis une warrior, certes, mais faut pas pousser mémé dans l’eau glacée.) Par ailleurs, nous essayons de prendre nos douches les uns après les autres. Ici on ne crie pas « la douche est libre ! » quand on a fini, on crie « la douche est chaude !! ».

Enfin, pour essayer de réduire encore ma consommation d’eau, j’essaie d’espacer les shampooings. Là où je me lavais les cheveux chaque jour, je suis passée sans problème à un jour sur deux (il me suffit de les attacher le 2ème jour), voire à un jour sur 3 (en y saupoudrant éventuellement un peu de maizena, qui fonctionne très bien comme shampooing sec / absorbeur de sebum, puis en brossant bien).

Repenser la façon dont on fait la cuisine

Pareil ici, je ne fais pas de compromis sur l’hygiène. Hors de question de manger dans des assiettes sales ou de se nourrir de légumes encore terreux simplement pour faire des économies d’eau !

Mais nous avons changé nos habitudes. (Enfin, surtout moi, puisque c’est moi qui fait la cuisine la plupart du temps.)

Lorsque je cuisinais, avant, j’avais l’habitude de me rincer les doigts à peu près 4 389 084 fois par heure. A chaque micro-miette, à chaque changement d’outil, à chaque petite coulure de jus, hop, un petit coup sous l’eau courante. Tu l’auras deviné, c’est une habitude qui appartient au passé ! Désormais, je remplis un petit bol au début, et je m’en sers comme rince doigt pendant toute la durée de ma séance cuisine. Et si mes mains sont grasses (parce que je viens de manipuler du beurre, par exemple), je m’essuie d’abord les mains sur un chiffon et ensuite, je les passe dans le rince-doigt.

(Il n’y a que quand je touche du porc cru que je me lave les mains avec du savon ensuite. Maniaquerie inutile ou pas, je ne sais pas, mais je n’arrive pas à faire autrement sans avoir l’impression que je vais contaminer tout le monde avec les parasites du porc… Bref.)

De même, avant, j’étais un peu maniaque du lavage de fruits et légumes. J’étais notamment un peu mal à l’aise quand on amenait un saladier rempli d’eau sur la table pour rincer les fruits prévus au dessert. En bonne fifille née au 20ème siècle qui a grandit avec de l’eau en surabondance (et aux USA, de surcroit, où la phobie des germes est particulièrement prononcée), j’ai toujours préféré tout laver à grande eau.

Récemment, après réflexion (et mal de dos à force de porter des jerricans), j’ai revu à la baisse mes exigences en la matière. Après tout, nous ne consommons que des fruits et légumes biologiques, il n’y a donc (on l’espère) pas de produits chimiques à enlever. Par ailleurs, personne dans la famille n’est enceinte (là aussi, on l’espère !), donc on se fiche du risque de toxoplasmose ou je ne sais quoi. Et enfin, il paraît que la terre comporte plein de bactéries bénéfiques pour la flore intestinale. Bref, un peu de terre ne va pas nous tuer, bien au contraire.

Ce qui ne veut pas dire qu’on mange des salades à la sauce aux cailloux et des patates sautées à la boue, hein. Mais au lieu de tout laver à l’eau courante, je fais simplement plusieurs passages dans une eau de plus en plus propre.

Ce qui m’amène à un autre changement d’habitude : le choix des plats que je prépare. Globalement, plus il y a de surface sur un légume, plus il faut d’eau pour le laver. Certains légumes demandent donc nettement plus d’eau que d’autres pour les préparer. Les blettes et la salade verte, notamment : il me faut quasiment un jerrican de 10 litres plein pour laver une salade !!! Et les blettes, c’est encore pire !

Pareil pour les recettes, les oeufs au plat utilisent moins d’eau que les oeufs pochés. Et le riz en consomme plus que les patates rôties au four… Autant dire qu’on mange plutôt des carottes râpées et des patates sautées en ce moment !

Enfin, nous essayons au maximum de réduire la vaisselle. On pourrait passer au jetable, mais ça ne serait pas vraiment en phase avec nos valeurs, et notamment notre objectif zéro déchet. Donc on se contente de réduire. On utilise les casseroles pour conserver les restes au frigo, au lieu de tout transférer dans des bocaux comme avant, par exemple. Ou on met un élastique de couleur autour de son verre le matin pour pouvoir le reconnaître et éviter d’en sortir cinq autres au cours de la journée.

Utiliser la même eau plusieurs fois

Oui oui, tu as bien lu, j’ai bien dit utiliser la même eau plusieurs fois. Vu qu’on a peu d’eau, autant la faire servir jusqu’à ce qu’elle soit vraiment usée !

J’ai donc établi un classement de la propreté d’une eau. Il y a :

  1. l’eau de boisson. C’est l’eau qui sort de mon filtre Berkey. On peut la boire et l’utiliser pour cuisiner.
  2. l’eau propre. C’est l’eau qui sort des cuves ou des jerricans. On ne peut pas la boire mais on peut l’utiliser pour se laver, ou pour abreuver les animaux.
  3. l’eau claire. C’est une eau qui a déjà servi, mais qui est restée propre. C’est l’eau de cuisson des oeufs durs, par exemple, ou celle dans laquelle j’ai rincé des poires qui étaient presque propres. On ne peut plus cuisiner ni se laver avec, mais on peut l’utiliser pour laver autre chose : le plan de travail, par exemple, ou le sol.
  4. l’eau grise. C’est une eau qui est sale, dont on ne peut plus se servir pour nettoyer quelque chose. Mais on peut s’en servir pour arroser les plantes ou pour tirer la chasse d’eau.
  5. l’eau noire. C’est l’eau des toilettes. Elle va directement à la fosse septique et n’est pas réutilisable. (Ce qui est bien triste, et c’est pour ça que nous réfléchissons à installer des toilettes sèches… On en reparlera.)

Dans la mesure du possible, j’utilise donc l’eau le plus de fois possible. Quelques exemples :

  • Cuire des oeufs durs (1), puis laver le sol (2), puis arroser les plantes (3).
  • Laver des pommes de terre (1), puis tirer la chasse (2).
  • Rincer les mains des enfants (1), puis donner à boire au chien (2), puis arroser les plantes avec l’eau qui reste avant de lui remplir à nouveau sa gamelle le lendemain (3).

Et au delà ?

Au fur et à mesure que je vois diminuer le niveau de nos cuves (au moment où j’écris ces lignes, il est passé sous la barre des 1000 litres et MétéoFrance nous annonce du beau temps sur les 10 prochains jours), je me projette dans encore plus d’économies d’eau.

Aujourd’hui, j’ai 4 jerricans de 10 litres. Si la cuve est complètement vide, pourrions-nous vivre avec 40 litres d’eau par jour à 5 humains et 5 animaux ? Tu vas peut-être me prendre pour une folle, mais j’ai envie de répondre oui. Pire, si je suis tout à fait honnête, je dois t’avouer que j’entends même au fond de moi une petite voix qui crie « Challenge accepted! Bring it ON! » (oui, la petite voix parle souvent anglais) en dansant un Haka.

Soyons clairs, je n’aurais absolument pas envie de faire ça sur le long terme (ni même sur le moyen terme, en fait), mais sur une ou deux semaines, comme un défi ? Pourquoi pas ! Si ça arrive, je ne manquerai pas de te raconter…