Ça fait un moment que j’avais envie de prendre quelques brebis. Probablement depuis qu’on est arrivé ici.

Mais quand j’ai lu (ou plutôt : dévoré !) le livre de Shawn and Beth Dougherty, The Independent Farmstead, mon envie est devenue un projet concret. Ce livre explique très concrètement comment les ruminants laitiers peuvent être une base solide pour rendre une micro-ferme indépendante et autonome du modèle agricole dominant.

Pourquoi ? Parce que les ruminants se nourrissent de végétaux qui d’une part ne sont pas comestibles par les humains (= pas de concurrence) mais qui en plus poussent à l’aide de l’énergie solaire (= gratuit et écologique). Ensuite, ils transforment ces végétaux en lait et viande (= nourriture pour humains et animaux de la ferme omnivores comme les poules et les cochons), engrais (= la base de toute culture) et éventuellement laine ou énergie mécanique.

Bref, un modèle bien plus efficace, durable et propre que le modèle engrais synthétique + tracteur diesel + nourriture importée de je-ne-sais-où par camion ou porte-conteneur.

J’étais déjà convaincue de ce modèle après avoir étudié le travail de Joel Salatin et lu le livre Agriculture de régénération de Mark Shepard, mais eux font ça sur de grandes surfaces, aidés de nombreuses personnes, et j’avais du mal à voir comment transposer cela chez moi.

Dans leur livre, les Dougherty expliquent très concrètement comment faire ça à un niveau plus modeste, celui de la micro-ferme familiale (homestead / farmstead).

Soudain, c’est devenu extrêmement clair et précis dans ma tête. Une évidence.

Première question : quel ruminant ?

  • Des vaches ? Non. D’une part je suis trop intimidée par leur taille, mais en plus il leur faut plutôt des pâturages avec principalement de l’herbe, ce que nous n’avons pas ici.
  • Des chèvres ? Non. Certes, ça mangerait avec plaisir les millions de broussailles qui recouvrent le terrain, mais il paraît que ça se sauve sans arrêt et qu’en plus, il faut les mettre à l’abri du vent, de la pluie, du froid… Trop fragile, ce n’est pas raisonnable.
  • Mais des brebis ? Oui ! C’est rustique, ce n’est pas trop gros, ça se régale d’un mélange d’herbe et de broussaille et en plus de tout le reste, ça fournit de la laine. Parfait.

Après avoir vérifié avec les autres membres de la famille qu’ils sont d’accord pour m’épauler dans cette aventure, histoire que je ne sois pas coincée le jour où j’ai la grippe parce que je suis la seule à savoir traire les brebis, je réserve 2 brebis laitières pour le printemps prochain.

Le printemps prochain, ça me paraît raisonnable. Ça me laisse le temps de préparer tout le matériel, et l’herbe sera de retour pour les nourrir.

Et puis…

« Tu as vu, Guillaume vend ses chèvres. Pas chères, en plus. Il les avait prises pour qu’elles mangent les ronces sur son terrain, mais maintenant il n’y a plus de ronces, et il est embêté parce qu’elles n’aiment pas l’herbe. »

Ohhhh, elles sont trop mignonnes !!! Pis c’est vrai que j’ai 7 hectares de ronces et pas beaucoup d’herbe…

Et c’est comme ça qu’au lieu d’être raisonnable, j’ai accueilli Tash et Cabriole chez nous en plein mois de décembre.

Raisonnable, c’est tellement surfait…