Couper certains arbres pour éviter qu’ils ne brûlent tous

« Anne ? Tu es où ? Il y a le feu chez toi ! »

Voilà l’appel que j’ai reçu mardi dernier de la part d’un voisin, inquiet de voir un gros nuage de fumée recouvrir notre petite montagne.

Panique. Départ en trombe en direction de la maison.

(Tu vois le gros nuage de fumée sur la montagne ? Ma maison est pile dans la partie la plus épaisse. Tu imagines ma crispation au volant, alors qu’à cet instant-là, je suis encore à 2 ou 3 kilomètres de chez moi…)

J’arrive quelques minutes plus tard, en même temps que les pompiers de plusieurs communes environnantes. Le Comité Communal des Feux de Forêts (CCFF) ainsi qu’une quinzaine de voisins et de chasseurs locaux, armés de battes à feu, de branches de sapins et de tronçonneuses, étaient déjà à l’oeuvre depuis un moment pour tenter d’étouffer les flammes et créer des coupes-feux pour éviter que l’incendie ne se propage au reste de la montagne.

Au final, ce sont 2 hectares de forêt qui ont brulé, principalement sur le terrain du voisin, dont la maison a heureusement été épargnée. Chez nous, rien n’a brûlé. Juste une grosse peur et aussi, j’avoue, énormément d’émotion de voir notre petite communauté travailler ensemble pour éviter la catastrophe.

Ça m’a également donné l’envie d’avancer encore plus vite sur nos travaux de débroussaillage et d’élaguage, et surtout, éliminé les quelques scrupules que j’avais à ratiboiser autant d’arbres et de buissons.

Nous avons commencé ces travaux d’élaguage et de débroussaillage depuis l’été dernier, mais c’est un travail long et laborieux qui implique autant d’huile de chaîne (de tronçonneuse) que d’huile de coude, beaucoup d’essence et des séances régulières chez l’ostéo (la débroussailleuse étant un outil assez lourd et totalement déséquilibré d’un côté, mon dos n’apprécie pas toujours).

Heureusement, depuis que les chèvres sont là, je travaille de concert avec elles pour agrandir bien plus rapidement le périmètre anti-incendie autour de la maison.

Première étape : élaguer les arbres et les buissons situés dans le passage de la clôture électrique. J’utilise ma tronçonneuse sur les gros et un coupe-branche tout simple pour les plus petits. S’il s’agit de gros ronciers très denses, je m’y fraie un chemin avec ma débroussailleuse. S’il y a juste quelques ronces, je me contente de les pousser et de les « accrocher » à d’autres pour éviter qu’elles ne s’emmêlent dans la clôture.

Deuxième étape : créer un enclos pour les chèvres et les y laisser 3 ou 4 jours. Elles y mangent toutes les feuilles des ronces (leur repas préféré, de loin), une partie des tiges de ronces, les bourgeons et branchettes des arbres, la partie verte des genêts… Et tout ce qu’elles ne mangent pas, elles écrabouillent avec leurs sabots. Résultat, c’est déjà beaucoup plus propre.

Troisième étape : fignoler l’élaguage. Je repasse avec mon coupe-branche pour éliminer tous les troncs de genêts, puis avec ma tronçonneuse pour ne laisser qu’un seul tronc sur chaque bouquet. J’élimine les tous petits arbres et j’élague les branches basses de ceux que je conserve.

Si besoin, je passe également un coup de débroussailleuse pour zigouiller les vieilles tiges de ronces coriaces, car les chèvres ne mangent que les tiges fraîches de l’année.

Je mets de côté les troncs des arbres, qui nous serviront de bois de chauffage dans un ou deux ans, et j’empile les branchages, toujours en travers de la pente. Je reviendrai en broyer une partie pour faire du BRF, tandis que d’autres piles resteront comme habitat pour la biodiversité (qui se cachait avant, sans doute, dans les fourrés de ronces et autres genêts) et pour retenir l’érosion.