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Dans la série des bilans après 3 mois, continuons avec l’eau potable.

La dernière fois que je te parlais de cette saga, je t’ai laissé un peu en plan. Nous avions creusé un trou de la taille du Grand Canyon, trouvé de l’eau, puis nous l’avions reperdue dans les entrailles de la terre suite à un éboulement.

Le lendemain, j’ai pris ça avec philosophie. Pas grave, on allait trouver une solution ! Pour réussir, il faut tenter ! Échouer n’est qu’une étape vers le succès !

Le surlendemain, j’ai paniqué. On aurait jamais d’eau. C’était sûr. Et on aurait certainement jamais dû acheté cette maison. Quelle erreur monumentale !

Le jour suivant, j’ai pris ça avec humour. C’était quand même incroyable, cette aventure ! On en rira bien dans quelques années, autant en rire dès maintenant !

Le jour suivant, j’ai pleuré. Bou-hou. Qu’est-ce qu’on faisait là alors qu’on pourrait être tranquillement dans notre petit pavillon de région parisienne où on prenait des douches de 30 minutes sans même y penser ?

Bref, j’ai fait le yoyo comme ça pendant quelques jours. Trois semaines, pour être exacte. Au bout du compte, j’ai fini par surmonter ce revers grâce notamment au soutien de mon mari, qui comme à son habitude, gardait un sang-froid flegmatique face à mes incessants grands huit émotionnels.

Me voici donc requinquée pour te faire un état des lieux de nos perspectives en matière d’eau potable (mon premier article sur le sujet est ici si tu veux te rafraîchir la mémoire).

Option numéro 1 : creuser plus profondément

Notre premier essai n’ayant pas été concluant, nous allons tenter notre chance une nouvelle fois. Superbanco, place tes pions et relance le dé.

Cette fois, nous allons opter pour un forage. Un engin va arriver avec une sorte d’énorme perceuse pour creuser direction la Chine jusqu’à trouver de l’eau. Ensuite ils installeront une pompe électrique, une cuve de stockage et un paquet de tuyaux enterrés pour relier tout ça à la maison.

Les 3 sourciers que nous avons fait passer sont à peu près d’accord sur la profondeur : 40 à 50 mètres. Youpi ! En revanche, aucun ne s’accorde sur l’emplacement du forage. Alors, comme nous l’a dit le dernier sourcier qu’on a fait venir : « c’est à vous de choisir ! »

Merci monsieur le sourcier, encore un très bon conseil que voilà. Autant dire « plouf, plouf, ça se-ra là qu’on va fo-rer » ! Bref.

Côté budget, il nous en coûtera la modique somme de 70 euros du mètre, sans compter la pompe et tout le reste des travaux. Le tout pour un résultat assez aléatoire, tu l’auras compris. C’est un peu la loterie. Superbanco, place tes pions, relance le dé.

Mais bon, au moins on aura tenté et on n’aura pas de regrets. Et si ça fonctionne, on aura de l’eau ! Youhou !

Option numéro 2 : récolter l’eau de pluie, mais vraiment

Jusqu’à présent, nous avons bricolé vite fait un système pour récupérer l’eau de pluie. On récolte toute l’eau du toit dans une cuve de 300 litres, située environ 20 mètres en contrebas de la maison. Ensuite, à l’aide d’une pompe vide-cave, on la réinjecte dans les cuves de stockage de notre réseau d’eau, qui contiennent 5000 litres et sont situées dans la cave.

Ça implique des mètres de tuyaux vert fluo qui serpentent un peu partout, et une porte de cave qu’on ne peut plus jamais fermer, rapport aux dits tuyaux, mais ça marche !

Enfin, ça marche quand il pleut ! Évidemment.

Et il a très peu plu depuis qu’on est arrivés. En presque 4 mois, nous avons eu seulement 2 grosses pluies capables de remplir complètement nos cuves. Certes, ça nous a appris à économiser l’eau, mais ça reste un peu spartiate, comme confort. D’autant que manipuler bidons, seaux et saladiers remplis d’eau en permanence est nettement moins agréable à -5° qu’à 25° (surtout quand tu peines à chauffer ta cuisine à plus de 12 degrés avec ta cuisinière à bois vintage option merdique et ton isolation datée cerca 1874, mais c’est un sujet pour un autre article).

Malgré tout, on gardait espoir. On se disait que l’automne arrivait, et qu’il allait bien finir par pleuvoir plus régulièrement. Ça serait bien, ça serait chouette, on pourrait enfin prendre des bains et laver à grande eau des tonnes de roquette.

Et puis il s’est mis à neiger. Direct. Sans passer par la case pluie.

Et avec la neige est arrivé le gel, ce qui fait que notre pompe vide-cave s’est retrouvée figée dans un bloc de glace de 300 litres, telle un mammouth du paléolithique dans un glacier du Pôle Nord, et reliée à nos cuves par de longs serpentins de glace recouverts de plastique (les tuyaux gelés, faut suivre).

(Tout ça en plein milieu du flottement émotionnel dont je parlais plus haut, histoire d’en rajouter une couche. De neige. Haha. Ok je sors.)

Autant dire que j’ai remisé provisoirement mes rêves de cascades et de torrents, et qu’on s’est mis à réfléchir à une solution de récupération d’eau de pluie moins fragile et plus pérenne.

Bilan des courses : ce qu’il nous faudrait, c’est d’abord faire enterrer derrière la maison une cuve en béton pouvant contenir 10 000 litres d’eau, soit deux fois plus que notre capacité de stockage actuelle.

Pourquoi 10 mille litres plutôt que 5 ? Histoire d’éviter les certes rares mais néanmoins très éprouvants moments où nos cuves débordent et qu’on ne peut que constater avec impuissance le gâchis consternant de litres et litres d’eau se déversant dans la nature devant nos yeux embués. (Oui, ça nous rend tout chose, de gâcher de l’eau, maintenant.) Accessoirement, avoir 10 mètres cube de flotte en réserve nous permettra de tenir deux fois plus longtemps en cas de sécheresse prolongée, sécheresse qui ne manquera pas d’arriver étant donné qu’il n’y a plus de saisons, ma bonne dame, et que ça ne va pas aller en s’arrangeant.

Pourquoi en béton plutôt qu’en plastique ? Parce que déjà je n’aime pas le plastique, par principe. (Chacun sa religion, hein.) Mais aussi parce qu’il paraît qu’au bout d’un moment, celui-ci peut relâcher dans l’eau stockée des particules de plastique invisibles qui ne doivent pas être très bon pour la santé. Et surtout, parce que le béton permet d’alcaliniser l’eau de pluie, trop acide, de façon à la rendre potable.

Ensuite, nous demanderons à un zingueur (un mot qui existe vraiment, ai-je appris, et que je me suis empressée d’ajouter à mon nouveau vocabulaire, juste à côté de « surpresseur » et de « carotteuse ») de venir raccorder nos gouttières à la nouvelle cuve. Puis on reliera le tout à notre surpresseur et notre système de filtration en perçant un gros trou dans un mur de pierre porteur épais de 80 centimètres (même pas peur) à l’aide, donc, d’une carotteuse.

Et voilà, de l’eau. Et potable en plus. Fastoche.

Option numéro 3 : récolter l’eau de pluie, mais vraiment vraiment

Si 10 mètres cubes d’eau devraient suffire à alimenter en eau notre maison, ça ne suffira certainement pas pour arroser le jardin et abreuver les bêtes. Il nous faut donc trouver un moyen de récolter encore plus d’eau.

Jusqu’à très récemment, je ne voyais aucune solution à cet épineux problème. Je ne pouvais que prier pour que notre forage soit un succès, même si pomper de grandes quantités d’eau à plus de 50 mètres de profondeur pour l’étaler en surface fait un peu mal à mon petit coeur d’écolo très « aware“ des nappes phréatiques en constante baisse.

Puis, lors de mon dernier weekend de formation en permaculture, mes camarades (a-t-on encore le droit de parler de camarade une fois passée l’école primaire si on n’est pas communiste ?) m’ont soufflé une idée, certes un peu folle, mais qui pourrait bien fonctionner.

Vu que nous avons déjà créé un cratère énorme, bien situé en hauteur par rapport au reste du terrain, pourquoi ne pas l’utiliser pour créer un gigantesque réservoir d’eau ?

Car sur notre terrain, en amont du trou, passe un chemin de terre sur lequel nous pourrions potentiellement récolter plus de 300 000 litres d’eau de pluie par an. À l’aide de quelques cunettes (tu as peut-être déjà croisé ces espèces de caniveaux creusés en travers des chemins de terre en pente pour en évacuer l’eau et éviter le ravinement) (et hop, encore une nouveauté dans mon lexique !) bien placées, nous devrions pouvoir rediriger tout ce liquide vers le trou. Celui-ci aura été légèrement (ok, beaucoup) remanié pour créer une grande cuvette pouvant contenir jusqu’à 250 mètres cubes d’eau. Largement de quoi subvenir à nos besoins en eau pour les bêtes et le jardin.

Notre chantier immonde deviendrait alors un joli étang peuplé de grands roseaux, de poissons multicolores, de grenouilles mélodieuses (ça chante fort, les grenouilles) et de canards coin-coin, qui pourrait abreuver brebis, poules et tomates en utilisant la simple force de la gravité, tout en ralentissant l’érosion et en rechargeant les nappes phréatiques.

Ça fait rêver. Ça me fait même fantasmer en Technicolor sur l’écran noir de mes nuits blanches.

Il me reste à en discuter avec mon terrassier (oui, « j’ai » un terrassier comme avant « j’avais » un coiffeur, hashtag nouvelle vie) pour avoir son avis sur cette idée, ainsi que vérifier quelques détails techniques et juridiques, mais pour le moment, l’idée m’enchante.

À suivre, donc.

Sur ce, je vais boire un verre d’eau. Car ne perdons pas de vue que malgré les quelques déconvenues occasionnées par cette aventure que nous avons choisie tout à fait librement, nous buvons à notre soif chaque jour et que j’ai toujours accès facilement à de l’eau potable, même s’il me faut parfois l’acheter en bidons de 5 litres à Super U.

Ce n’est vraiment pas le cas de tout le monde.

Alors bien que je chouine parfois sur mon sort, je mesure chaque jour avec gratitude et humilité la chance que l’on a.