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Après avoir lu le livre de Susan Strasser sur l’histoire du ménage dont je te parlais l’autre jour, j’ai été intriguée par le titre d’un de ses autres livres, concernant l’histoire des déchets : Waste and Want: A Social History of Trash.

(Oui, je suis le genre à lire des livres d’histoire sur des sujets obscurs juste pour le plaisir.)

Le sujet m’a tellement passionnée que dans la foulée, j’ai dévoré Garbology: Our Dirty Love Affair with Trash, de Edward Humes, et Zéro Déchet, de Bea Johnson.

Une révélation.

Tu l’as peut-être deviné à la lecture de ce blog, je suis ce qu’on définit généralement comme une « écolo ». Je mange bio, je consomme local, je recycle, je profite des circuits courts, j’utilise des produits de ménage écolo… Mais à la lecture de ces livres, je me suis rendue compte qu’un pan entier de mon mode de vie était complètement resté hors de ma conscience : le contenu (trop important !!) de ma poubelle.

En lisant, j’ai enfin ouvert les yeux sur la quantité incroyable d’objets qui rentre chez moi pour en ressortir aussitôt via le camion poubelle. Et sur le fait que la très grande majorité de ces produits ne m’apporte aucune satisfaction.

Alors pourquoi ne pas m’en passer ? Prenant exemple sur Bea Johnson, je suis partie en guerre contre les déchets inutiles avec son modèle en 5 étapes : refuser, réduire, réutiliser, recycler et composter.

Refuser

Cette étape est la plus difficile, je trouve, car elle va à l’encontre de plusieurs principes de base de notre société, notamment la politesse (refuser un cadeau) et la propreté (« Ah bon ? Vous ne voulez pas de papier autour de votre baguette ? Ok, mais ce n’est pas très hygiénique quand même… »).

Rien que refuser un sac en plastique à la caisse est parfois source de micro-conflit (« j’ai commandé plein de sacs en papier, vous savez, je respecte la loi, mais il faut bien que je termine ceux-ci, quand même !! »). Alors refuser le petit parasol en papier offert aux enfants par un gentil restaurateur, ou la carte de visite du prestataire très sympathique que cela pourrait vexer, ou encore les jouets en plastique arrivés dans les bras d’invités attentionnés, c’est bien plus délicat. Hier encore, une invitée est arrivée avec une barquette en plastique remplie de fraises. Je n’allais pas lui rendre sa barquette sous prétexte que « désolée, je réduis mes déchets » !!

Bref, j’essaie de ne pas en faire un sujet de militantisme. Mon objectif est de changer mon mode de vie, pas de froisser inutilement les gens de mon entourage. J’y vais petit à petit en essayant d’être la plus bienveillante et respectueuse possible. Pas toujours évident, donc.

Réduire

Bien plus amusante et facile que la première étape, celle-ci ! Moi qui ai toujours aimé nettoyer par le vide, je prends beaucoup de plaisir à réduire la quantité de vêtements qui encombrent mon dressing, le nombre de produits de beauté qui surchargent ma salle de bain, le nombre d’outils de cuisine pas vraiment utiles qui m’empêchent de localiser celui dont j’ai besoin sur le moment, etc.

Et les bénéfices sont multiples : moins de ménage, moins de lessive, moins de temps passé à chercher un produit caché au fond d’un placard surchargé d’objets inutiles… Et plus d’argent disponible, aussi !

Par exemple, nous avons choisi d’acheter une petite maison (relativement petite, du moins, car nous sommes quand même 6 + un chien). L’alternative était de payer 2 fois plus cher simplement pour pouvoir stocker tous les objets que nous possédons aujourd’hui, une grande partie desquels nous ne nous servons jamais ou presque.

C’est une contrainte maintenant, certes, à l’heure où il faut que je me sépare de la moitié de nos possessions pour que tout rentre dans notre nouveau chez-nous. Mais c’est une contrainte positive, qui me permet de faire le tri entre l’essentiel et le superflu. Et qui accessoirement, nous empêchera aussi d’acheter de nouvelles choses inutiles qui finiront à la poubelle à l’avenir. Tout bénèf.

Réutiliser

J’étais déjà adepte des couches lavables et autres lingettes pour bébé réutilisables, mais là, je suis passée à l’étape supérieure. Nous utilisons désormais :

  • du sopalin lavable (dans l’ancien temps, on appelait ça des « chiffons »… mais c’est soooo 1935),
  • des serviettes en tissu (avec des ronds de serviette pour limiter la quantité de lessive),
  • des mouchoirs en tissu (non, ce n’est pas plus dégueu que ceux en papier, on les lave aussi souvent qu’on jetait les anciens, et bonus, ça fait moins mal au nez !),
  • des sacs de course en filet (les mêmes que ma grand-mère, ils sont ultra-pratiques !),
  • des sachets pour légumes en tissu (en photo ci-dessous),
  • des gourdes en inox,
  • des « tupperware » en verre.

Je fais également mes courses dans le rayon « vrac » des magasins bio pour éviter le plus d’emballages possibles (car quand on y pense, les emballages sont aussi des produits à usage unique, qui ne servent que pour le transport d’un seul aliment du lieu de production vers chez toi) et j’achète les yaourts dans des pots en verre consignés.

Pour le moment, j’ai trouvé des solutions « sans emballage » pour la plupart de mes produits quotidiens. Un des seuls produits pour lequel je n’ai pas encore trouvé de solution, c’est la viande. La plupart des petits producteurs que j’aime bien (ceux qui élèvent leurs animaux correctement, les seuls à qui j’ai envie d’acheter de la viande) vendent leurs produits emballés sous-vide. A suivre, donc.

Recycler

Cette étape faisait déjà partie de notre quotidien avant, mais désormais, je fais attention à ce que je recycle. J’ai été choquée d’apprendre que le plastique ne se recycle qu’une ou deux fois, au contraire du verre qui se recycle à l’infini.

Je choisis donc de préférence des contenants en verre, et de préférence consignés (la réutilisation directe étant préférable au recyclage, bien plus gourmand en énergie). Et j’évite comme la peste les aliments emballés dans du plastique.

(J’avoue qu’à ce stade, c’est devenu presque douloureux d’aller faire des courses dans un hypermarché. La montagne de produits suremballés dans du plastique — pour la plupart non recylable, d’ailleurs — qui peuple les rayons me donne carrément le tournis…)

Composter

J’ai installé un bac à compost dans le jardin (construit avec mon mari à partir de bois de récup) et piqué le grand contenant de ce que nous appelions avant « la poubelle normale » pour y entreposer les déchets compostables. L’intention étant de composter plus que de jeter, il fallait un contenant plus grand pour le compost que pour le reste.

Dans la foulée, j’ai également libellé le nouveau bac à poubelle avec le mot « décharge » (car il n’y a rien de « normale » dans cette poubelle, finalement), ce qui a permis une discussion intéressante avec mes enfants sur la destination finale de nos déchets non recyclables ni compostables. Discussion très utile pour les rallier au projet, au passage !

Aujourd’hui, je pense que la moitié de nos déchets partent directement dans le bac à compost, y compris les déchets d’origine animale. Dans la nouvelle maison, j’ai pour projet de donner les déchets de nourriture à nos poules et me mettre à composter d’autres déchets (mouchoirs en papier, papiers kraft, crottes de chien, brosses à dents en bois, etc.) dans un tas séparé de fumier, non utilisé pour faire pousser mes légumes, rapport aux bactéries toussa toussa.

Bénéfice secondaire : comme tout ce qui est humide est composté, je n’ai plus besoin d’utiliser de sacs poubelle dans la poubelle « décharge ». Deux pierre d’un coup.

Globalement, ces gestes ne me demandent pas plus d’énergie que ce que je faisais auparavant. En revanche, cela me demande d’être plus organisée et prévoyante. Par exemple, il me faut toujours avoir une gourde sur moi pour éviter que la grosse soif soudaine de la petite dernière ne se transforme en l’achat d’une bouteille d’eau en plastique. Ou toujours prévoir un sachet en tissu dans mon sac pour que je puisse acheter un croissant sur le pouce sans me retrouver avec un sachet en papier (qui ne servira que 3 minutes, le temps que je sorte de la boulangerie et que j’engloutisse le tout !!).

J’avais peur que les gens me regardent un peu bizarrement, mais finalement, je rencontre bien moins d’étonnement que ce que craignais. Les temps changent, peut-être… ?