Sélectionner une page

Voyage au centre de la terre pour trouver de l’eau. (Ou pas.)

Je t’en avais parlé l’autre jour, comme nous n’avons pas d’eau, nous avions pour projet de creuser pour trouver une source.

Nous avions fait passer deux sourciers différents, et tous les deux nous avait trouvé de l’eau au même endroit. L’un disait qu’elle était à 10 mètres de profondeur, l’autre la « sentait » à 6 mètres de profondeur. Nous avons donc fait venir un terrassier du coin (le frangin du 2ème sourcier) pour creuser à cet endroit. C’est un entrepreneur que plusieurs personnes nous ont recommandé chaudement parce qu’il travaille très bien et que, pour ne rien gâcher, il est très sympa.

Jour 0

C’est la course contre la montre : il faut vite terminer de déblayer une clairière de 20 mètres de diamètre pour la pelleteuse qui arrive d’un jour à l’autre. Ça fait 15 jours qu’on tronçonne, qu’on débarde, qu’on élague, qu’on trie, et qu’on empile du bois.

En 2003, il y a eu un énorme incendie qui avait tout brûlé chez nous, donc nos arbres sont de très jeunes arbres, entre 5 et 15 ans max. Pas bien épais, donc assez facile à abattre, mais pas non plus si fin qu’on peut les couper à la scie à main. Nous avons donc acheté une tronçonneuse Husqvarna, un modèle plutôt puissant et plutôt lourd. Sept kilos à vide et sans rien faire avec, soit beaucoup trop lourd pour moi et mes problèmes de dos, ce qui n’est pas pour me déplaire car ce genre d’engin me terrifie. J’ai dû regarder Massacre à la tronçonneuse un peu trop tôt dans ma vie…

C’est donc mon mari qui se colle à l’abattage des arbres. Comme il est novice en tronçonnage, nous avons aussi investi dans un casque intégral, des chaussures de chantier coquées, des gants de protection à toute épreuve, et un pantalon spécial qui soit-disant, te protège les jambes en cas d’attaque de tronçonneuse en enrayant la chaîne. (On n’a pas testé, mais c’est impressionnant à voir en vidéo – la démo commence à 1mn50, d’abord sans et ensuite avec.) Un coût d’équipement important, certes, mais nécessaire pour que je me sente assez rassurée en le voyant manier cet engin. Le trip « je vais vivre au fond des bois au beau milieu de la montagne » me plaît nettement plus quand je suis accompagnée d’un mari vivant et valide.

Cela dit, on se rend vite compte que le plus difficile quand on abat des arbres n’est pas de les faire tomber, mais tout ce qui vient après ! Avec une bonne tronçonneuse, abattre un petit arbre prend une minute. La suite, en revanche, c’est un boulot de dingue. C’est épuisant, et j’ai de sacrées courbatures…

Pour faire au plus rapide, on ébranche les troncs grossièrement et on stocke tout dans un gros tas un peu plus loin. Plus tard, on reviendra avec une broyeuse pour transformer les branchages en copeaux et on débitera les troncs en bois de chauffage.

Toute la famille s’y met, les grands comme les petits. (Plus les grands que les petits, avouons-le quand même…) En tout, c’est plus de 65 petits arbres qu’on tombe.

Jour 1

La pelleteuse est arrivée !!! C’est une surprise, on ne savait pas trop quand le chantier allait commencer. L’entrepreneur nous avait prévenu : il lui est difficile de savoir quand un chantier va terminer car il y a toujours des imprévus, donc difficile de dire quand le prochain pourra commencer.

J’ai des papillons dans l’estomac, c’est la fête à la maison, on est tous surexcités.

En 3 coups de pelle, le terrassier déblaye les quelques troncs qu’on avait pas fini de déplacer, déssouche les autres et éradique toutes les ronces autour, histoire d’avoir de la terre propre avant de creuser. L’idée, c’est d’éviter de tout mélanger avec la terre de remblais.

En 2 heures à peine, il a creusé à 6 mètres de profondeur. On est ravis de voir que ce n’est pas du tout rocailleux. Au contraire, le sol est composé de « gore », une sorte d’argile dans laquelle il est très facile de creuser.

Mon mari et moi restons bouches bées devant la puissance de cette pelleteuse qui creuse un trou dans la montagne comme je creuse un trou dans un yaourt avec une cuillère, et qui déplace des arbres comme si c’était des allumettes. C’est impressionnant à voir, totalement fascinant.

C’est la pause, on boit un café, on discute. (Oui, on est resté à regarder le chantier comme des gamins depuis 2 heures.) Il n’y a pas encore d’eau, mais il paraît que ça arrive fréquemment que les sourciers se trompent sur la profondeur et qu’il faille creuser un mètre ou deux de plus. Le gars remonte dans sa pelleteuse et continue à creuser. Nous retournons à nos écrans.

A midi il n’a creusé que jusqu’à 7 mètres. Plus on creuse profondément, plus il y a de terre à déplacer. Le risque d’éboulement augmente avec la profondeur et il faut consolider toujours plus avant de continuer.

Toujours pas d’eau, mais les parois du trou sont humides, ce qui est bon signe. Il nous dit qu’il a un rendez-vous cette après-midi mais qu’il reviendra demain matin avec son frère le sourcier pour confirmer l’emplacement avant de continuer à creuser.

Jour 2

Le sourcier est formel : l’eau est dessous, il la sent. Il suffit de creuser juste encore un peu. Le terrassier remonte donc dans sa cabine et creuse.

Le soir, nous  sommes à 10 mètres de profondeur, les murs du trou sont franchement humides, mais toujours pas d’eau. On commence à stresser sérieusement, d’autant que le terrassier est inquiet de ne pas être « tombé sur du dur ». La plupart du temps, les sources se trouvent dans de la roche, pas dans de l’argile. Or, il a creusé 10 mètres dans de l’argile.

À ce stade, le trou est impressionnant. Un tas de terre grand comme un immeuble de 5 étages, avec devant un trou profond comme un autre immeuble de 5 étages. Le paysage est complètement transformé, on ne reconnait plus rien. C’est hallucinant.

Jour 3

Le terrassier arrive avec dans le coffre de son pick-up une cuve de 4000 litres d’eau remplie à ras-bord pour alimenter nos réserves qui commencent à faire franchement la tête. C’est tellement gentil ! On respire un peu.

Deuxième bonne nouvelle : dans la nuit, le trou s’est rempli d’eau ! Est-ce de l’eau qui s’infiltre d’en dessous, ou qui ruisselle depuis les parois ? Aucune idée, mais quoi qu’il en soit, c’est un bon signe. L’entrepreneur remonte dans sa cabine et creuse encore.

À midi, 12 mètres de profondeur, toujours pas d’eau.

Le terrassier doute, commence à insinuer que ce serait peut-être mieux d’arrêter là. Il rappelle son frère, le sourcier, qui repasse. Celui-ci ne comprend pas, l’eau est bien là, juste en dessous. Ils tergiversent un moment, on sent qu’ils sont mal à l’aise, que ça ne doit pas leur arriver souvent, ce genre de problème. Ils sont sincèrement désolés, envisagent d’arrêter pour ne pas faire monter la facture inutilement, mais après un moment, l’entrepreneur déclare que de toute façon la journée est presque finie, alors autant remettre un dernier petit coup de pelle, au cas où.

18 heures, 14 mètres de profondeur, et il y a de l’eau !!!

Joie, soulagement, espoir. Nous visualisons de longues douches chaudes et de croquantes salades lavées à grande eau. J’ai envie de sauter sur place d’excitation.

À cet instant, quelques minutes après avoir constaté l’eau jaillissant au fond du trou, il se met à pleuvoir très fort, pour la première fois depuis des semaines ! Non seulement on aura bientôt une source qui coule, mais en plus, nos cuves (qui récupèrent l’eau de pluie) débordent !! On a carrément trop d’eau !

Mon mari prend une longue douche en sifflotant pendant que je lance une lessive en chantonnant. Je crois que je n’ai jamais été aussi contente de faire une lessive.

Jour 4

Le terrassier est revenu avec un « chargeur », un espèce de gros engin pelleteur qui permet de pousser la terre de remblais plus facilement et plus vite.

Il faut dire que de la terre, il y en a !! Jusqu’à présent, il a déplacé pas moins de 5000 mètres cubes de terre !

Toute la journée, il « remue du remblais ». L’objectif est de solidifier et sécuriser l’ensemble, puis ensuite de creuser une tranchée de 20 mètres de long pour faire sortir la source plus bas dans la montagne, à peu près à la hauteur de notre maison.

Il nous demande d’abattre d’autres arbres pour pouvoir faire de nouveaux tas de remblais. À la fin de la journée, le chantier couvre désormais un demi hectare de la propriété.

C’est énorme. Gigantesque.

Ding dong. Notre voisin sonne à la porte. Il a repéré notre chantier depuis l’autre côté de la montagne et il aimerait jeter un coup d’oeil.

Effectivement, depuis la montagne d’en face (à 3 kilomètres, donc), on voit un tas de terre plus gros que notre maison.

Jour 5

Les jours se suivent et se ressemblent. Une pelleteuse qui creuse, un chargeur qui déplace de la terre, heure après heure.

J’oscille entre l’espoir d’avoir bientôt de l’eau et le désespoir de voir ce carnage biologique. Tous ces arbres morts, toute cette terre retournée. Certes, nous brûleront le bois pour nous chauffer, il n’est pas gâché. Et nous avions de toutes façons pour projet de réhabiliter les pâturages pour y mettre des brebis, donc de couper la plupart de ces arbres. Mais tout de même, je regarde le chantier, je pense aux millions d’insectes et de micro-organismes que nous avons détruit et j’ai mal.

Heureusement, c’est pour la bonne cause, me dis-je. Enfin…

Jour 6

En arrivant, le terrassier a la mauvaise surprise de constater que la paroi gauche du trou s’est éboulée et a rebouché une bonne moitié de la cavité. Une bonne partie du travail des deux derniers jours est à recommencer.

Cette fois, l’entrepreneur est venu avec un ouvrier pour l’aider. L’un manie la pelleteuse, l’autre le chargeur. A deux, forcément, ils travaillent plus vite. À la fin de la journée, ils ont tout réparé, sécurisé le chantier et re-creusé le trou, cette fois jusqu’à 16 ou 17 mètres de profondeur.

Le problème, c’est qu’il n’ont pas retrouvé l’eau. Plus d’eau. Ils ne comprennent pas. Repartent dépités. Nous laissent dégoutés.

On rumine toute la soirée. Mon mari n’y croit plus et fait déjà le deuil. Je continue à espérer. L’eau était là, je l’ai vue ! Elle n’a pas pu disparaître, si ?

Si ?

Si.

Jour 7

L’entrepreneur revient avec son ouvrier et son sourcier. Conciliabule au fond du trou.

(Ce n’est pas très clair sur cette photo, mais le fond du trou est encore 5 à 6 mètres sous les pieds des gens, devant la personne à genoux.)

Le sourcier dit que l’eau est toujours là, mais qu’elle est repartie plus bas, ou à côté. L’argile qui était tellement pratique pour creuser au début se révèle être le plus gros problème du chantier. L’argile est mouillée, c’est gluant. En creusant, le godet de la pelleteuse retire la terre, mais en même temps, referme et rebouche les petites veines d’eau, qui du coup, se mettent à couler ailleurs, plus bas ou à côté.

Creuser plus profondément avec une pelleteuse est dangereux, le risque d’éboulement augmente à chaque coup de pelle. De toutes façons, le coût finira par être prohibitif, avec peu de certitude sur la présence de l’eau à la fin.

Au bout d’une heure de tergiversation, on décide d’arrêter là les frais.

Tout ça pour rien.

DIY : pots à thé, café et tisanes en peinture ardoise

En attendant que l’eau jaillisse de notre source tel un geyser islandais (c’est beau de rêver, non ?), je continue l’aménagement de la maison.

Certes, c’est moins impressionnant que la pelleteuse (tu as vu la vidéo sur ma page Facebook ?), mais ça fait du bien au quotidien.

J’aime faire moi-même le mélange pour mes tisanes et mes thés. Dans mon ancienne cuisine, j’avais accumulé des dizaines de sortes de plantes différentes : un joyeux bordel de bocaux, sachets et boîtes métalliques, comme un trésor d’Ali Baba dissimulé derrière une porte de placard.

Dans cette nouvelle cuisine, je manque de place dans les placards, ce qui fait que mes plantes se sont retrouvées sur une étagère au dessus de l’évier. Et figure-toi qu’un joyeux bordel qui est à la vue de tous, bin c’est moins un trésor que juste du bordel.

J’ai eu envie d’ordre.

Mieux que ça, il me fallait de l’ordre que je pouvais fabriquer moi-même à pas cher, et qui pourrait s’adapter à mes besoins futurs (au cas où mes plantes fétiches changent, ce qui, me connaissant, est certain de se produire).

J’avais de vieux bocaux Ikea Droppar qui ne me plaisaient plus : l’extérieur givré empêche de voir correctement l’intérieur, le sceau du couvercle n’est pas parfaitement étanche et aucune des tentatives d’étiquetage que j’ai essayé au fil des années ne m’a convenu sur le long terme, que ce soit d’un point de vue esthétique ou pratique.

J’ai eu envie de les repeindre avec de la peinture ardoise, pour pouvoir écrire dessus à la craie ensuite. Facile à faire, facile à adapter ensuite, pas trop cher. C’est parti !

J’ai commencé par coller du scotch de peintre sur le haut du bocal, pour éviter de dépasser. Puis j’ai repeint l’extérieur avec une sous-couche spéciale verre.

Ensuite, j’ai repeint par dessus avec 2 couches de peinture ardoise sans solvant de la marque Linea. Je n’avais pas de rouleau (et de toutes façons, il faut beaucoup trop d’eau pour laver un rouleau !) donc je me suis contentée de faire ça au pinceau, en changeant de sens à chaque fois : une fois horizontalement, une fois verticalement.

Une fois sec, j’ai poncé avec un papier de verre fin pour lisser le tout. Les coups de pinceaux croisés laissent une texture qui ressemble un peu à du papier tissé, j’aime beaucoup l’effet.

Ensuite j’ai embauché mes filles pour crayonner partout dessus à la craie. (Elles ont adoré !) On a ensuite effacé, puis j’ai rincé le tout et laissé bien sécher.

Ensuite, j’ai sorti mes petits tampons alphabet, un vieux feutre à craie que j’avais dans mon bac à bricolages créatifs et j’ai tamponné le nom de mes plantes sur les bocaux. Ce genre de craie liquide s’efface en frottant avec une éponge humide, mais ne bouge pas quand on la touche avec des doigts à peu près secs. Parfait donc pour ce genre d’utilisation.

Résultat ? De l’ordre !

Un peu austère, comme ça, mais au milieu d’une pièce qui fait cuisine + salle à manger + entrée et qui est toujours un peu en bazar, c’est parfait !

Après coup, je me suis quand même dit que d’un point de vue écologique, la sous-couche verre, c’était probablement pas la meilleure chose. Après tout, c’est un peu du plastique liquide. Si c’était à refaire, je ne suis pas sûre que je referai. En revanche, maintenant que j’ai acheté ce pot de plastique liquide, autant l’utiliser ! Elle permet de peindre sur du mélaminé et du carrelage, donc je m’en servirai probablement aussi pour ça. À suivre…

Nos astuces pour économiser de l’eau ++

Comme je te le disais la dernière fois, nous sommes passés en mode « économies d’eau ». Que dis-je… Nous sommes carrément devenus des warriors de l’économie d’eau !

Nous consommons en moyenne 130 litres par jour à 5. Plus un chien. Et quatre poules. (Pour te donner un point de référence, il paraît qu’un adulte français consomme environ 160 litres d’eau par jour. À lui tout seul.)

C’est « l’avantage » de n’avoir pas trop le choix. Pour faire durer l’eau de notre cuve le plus longtemps possible, nous avons été contraints de mettre en place tout un tas de façons d’économiser de l’eau.

Il y a d’abord les astuces qu’on trouve habituellement quand on parle d’économies d’eau :

  • Prendre des douches plutôt que des bains. (Celle-ci était particulièrement facile : nous n’avons pas de baignoire.)
  • Éteindre le robinet quand on se brosse les dents ou qu’on se rase. (Mon mari a choisit l’option « porter la barbe », encore plus économe !)
  • Vérifier qu’il n’y pas de fuite. (Je peux te dire qui si on remarquait une fuite, on serait dessus en deux minutes comme des mouettes derrière un bateau de pêcheur.)
  • Remplir à fond la machine à laver avant de la lancer. (Nous allons carrément au lavomatic, et crois-moi, j’attends le touuuut dernier moment pour le faire…)

Et puis il y a toutes les autres techniques, imaginées et mises en place au fur et à mesure, par nécessité.

Repenser la façon dont on se lave

Nous n’avons pas d’eau, certes, mais hors de question pour moi de lâcher quoi que ce soit sur l’hygiène corporelle. Je n’ai pas envie que nous soyons cette famille qu’on sent venir de loin ! Nous continuons à nous laver chaque jour, et à nous brosser les dents plusieurs fois par jour.

Mais nous avons changé nos habitudes.

Là où mes filles prenaient un bain chaque soir, elles prennent désormais une micro douche 1 jour sur 2. Par micro-douche, je veux dire qu’on mouille en 2 secondes, on éteint l’eau, on savonne, on rince en 10 secondes. Elles ont très vite pris le pli et c’est devenu un jeu de qui peut se laver le plus vite possible. Les jours sans douche, je les lave avec un gant et un peu d’eau savonneuse dans une petite bassine. Ça suffit amplement.

Nous autres adultes, ados et « presqu’adultes » (tous ceux qui ont tendance à puer plus facilement, en somme) avons conservé une douche quotidienne (de toutes façons, j’aurais trop du mal à m’en passer), mais elle a réduit considérablement en longueur et jamais au grand jamais nous ne nous savonnons en laissant couler l’eau. Je pense d’ailleurs que c’est ça le sacrifice le plus grand que je fais au nom des économies d’eau : me savonner dans l’air glacé de l’aube sans laisser l’eau chaude couler à côté… BRRRRRR ! De son côté, mon mari prend des douches luxuriantes… au gymnase après ses séances de badminton. À poil entouré de plein d’autres gens, donc. Chacun fait les sacrifices qu’il peut !!

Et bien sûr, hors de question de gaspiller l’eau qui coule en attendant que l’eau chaude arrive ! Nous sauvegardons précieusement cette eau froide dans un seau pour la donner ensuite aux poules ou au chien. (Cet été, je commençais mes douches directement avec l’eau froide, mais bon… l’automne est arrivé ! Je suis une warrior, certes, mais faut pas pousser mémé dans l’eau glacée.) Par ailleurs, nous essayons de prendre nos douches les uns après les autres. Ici on ne crie pas « la douche est libre ! » quand on a fini, on crie « la douche est chaude !! ».

Enfin, pour essayer de réduire encore ma consommation d’eau, j’essaie d’espacer les shampooings. Là où je me lavais les cheveux chaque jour, je suis passée sans problème à un jour sur deux (il me suffit de les attacher le 2ème jour), voire à un jour sur 3 (en y saupoudrant éventuellement un peu de maizena, qui fonctionne très bien comme shampooing sec / absorbeur de sebum, puis en brossant bien).

Repenser la façon dont on fait la cuisine

Pareil ici, je ne fais pas de compromis sur l’hygiène. Hors de question de manger dans des assiettes sales ou de se nourrir de légumes encore terreux simplement pour faire des économies d’eau !

Mais nous avons changé nos habitudes. (Enfin, surtout moi, puisque c’est moi qui fait la cuisine la plupart du temps.)

Lorsque je cuisinais, avant, j’avais l’habitude de me rincer les doigts à peu près 4 389 084 fois par heure. A chaque micro-miette, à chaque changement d’outil, à chaque petite coulure de jus, hop, un petit coup sous l’eau courante. Tu l’auras deviné, c’est une habitude qui appartient au passé ! Désormais, je remplis un petit bol au début, et je m’en sers comme rince doigt pendant toute la durée de ma séance cuisine. Et si mes mains sont grasses (parce que je viens de manipuler du beurre, par exemple), je m’essuie d’abord les mains sur un chiffon et ensuite, je les passe dans le rince-doigt.

(Il n’y a que quand je touche du porc cru que je me lave les mains avec du savon ensuite. Maniaquerie inutile ou pas, je ne sais pas, mais je n’arrive pas à faire autrement sans avoir l’impression que je vais contaminer tout le monde avec les parasites du porc… Bref.)

De même, avant, j’étais un peu maniaque du lavage de fruits et légumes. J’étais notamment un peu mal à l’aise quand on amenait un saladier rempli d’eau sur la table pour rincer les fruits prévus au dessert. En bonne fifille née au 20ème siècle qui a grandit avec de l’eau en surabondance (et aux USA, de surcroit, où la phobie des germes est particulièrement prononcée), j’ai toujours préféré tout laver à grande eau.

Récemment, après réflexion (et mal de dos à force de porter des jerricans), j’ai revu à la baisse mes exigences en la matière. Après tout, nous ne consommons que des fruits et légumes biologiques, il n’y a donc (on l’espère) pas de produits chimiques à enlever. Par ailleurs, personne dans la famille n’est enceinte (là aussi, on l’espère !), donc on se fiche du risque de toxoplasmose ou je ne sais quoi. Et enfin, il paraît que la terre comporte plein de bactéries bénéfiques pour la flore intestinale. Bref, un peu de terre ne va pas nous tuer, bien au contraire.

Ce qui ne veut pas dire qu’on mange des salades à la sauce aux cailloux et des patates sautées à la boue, hein. Mais au lieu de tout laver à l’eau courante, je fais simplement plusieurs passages dans une eau de plus en plus propre.

Ce qui m’amène à un autre changement d’habitude : le choix des plats que je prépare. Globalement, plus il y a de surface sur un légume, plus il faut d’eau pour le laver. Certains légumes demandent donc nettement plus d’eau que d’autres pour les préparer. Les blettes et la salade verte, notamment : il me faut quasiment un jerrican de 10 litres plein pour laver une salade !!! Et les blettes, c’est encore pire !

Pareil pour les recettes, les oeufs au plat utilisent moins d’eau que les oeufs pochés. Et le riz en consomme plus que les patates rôties au four… Autant dire qu’on mange plutôt des carottes râpées et des patates sautées en ce moment !

Enfin, nous essayons au maximum de réduire la vaisselle. On pourrait passer au jetable, mais ça ne serait pas vraiment en phase avec nos valeurs, et notamment notre objectif zéro déchet. Donc on se contente de réduire. On utilise les casseroles pour conserver les restes au frigo, au lieu de tout transférer dans des bocaux comme avant, par exemple. Ou on met un élastique de couleur autour de son verre le matin pour pouvoir le reconnaître et éviter d’en sortir cinq autres au cours de la journée.

Utiliser la même eau plusieurs fois

Oui oui, tu as bien lu, j’ai bien dit utiliser la même eau plusieurs fois. Vu qu’on a peu d’eau, autant la faire servir jusqu’à ce qu’elle soit vraiment usée !

J’ai donc établi un classement de la propreté d’une eau. Il y a :

  1. l’eau de boisson. C’est l’eau qui sort de mon filtre Berkey. On peut la boire et l’utiliser pour cuisiner.
  2. l’eau propre. C’est l’eau qui sort des cuves ou des jerricans. On ne peut pas la boire mais on peut l’utiliser pour se laver, ou pour abreuver les animaux.
  3. l’eau claire. C’est une eau qui a déjà servi, mais qui est restée propre. C’est l’eau de cuisson des oeufs durs, par exemple, ou celle dans laquelle j’ai rincé des poires qui étaient presque propres. On ne peut plus cuisiner ni se laver avec, mais on peut l’utiliser pour laver autre chose : le plan de travail, par exemple, ou le sol.
  4. l’eau grise. C’est une eau qui est sale, dont on ne peut plus se servir pour nettoyer quelque chose. Mais on peut s’en servir pour arroser les plantes ou pour tirer la chasse d’eau.
  5. l’eau noire. C’est l’eau des toilettes. Elle va directement à la fosse septique et n’est pas réutilisable. (Ce qui est bien triste, et c’est pour ça que nous réfléchissons à installer des toilettes sèches… On en reparlera.)

Dans la mesure du possible, j’utilise donc l’eau le plus de fois possible. Quelques exemples :

  • Cuire des oeufs durs (1), puis laver le sol (2), puis arroser les plantes (3).
  • Laver des pommes de terre (1), puis tirer la chasse (2).
  • Rincer les mains des enfants (1), puis donner à boire au chien (2), puis arroser les plantes avec l’eau qui reste avant de lui remplir à nouveau sa gamelle le lendemain (3).

Et au delà ?

Au fur et à mesure que je vois diminuer le niveau de nos cuves (au moment où j’écris ces lignes, il est passé sous la barre des 1000 litres et MétéoFrance nous annonce du beau temps sur les 10 prochains jours), je me projette dans encore plus d’économies d’eau.

Aujourd’hui, j’ai 4 jerricans de 10 litres. Si la cuve est complètement vide, pourrions-nous vivre avec 40 litres d’eau par jour à 5 humains et 5 animaux ? Tu vas peut-être me prendre pour une folle, mais j’ai envie de répondre oui. Pire, si je suis tout à fait honnête, je dois t’avouer que j’entends même au fond de moi une petite voix qui crie « Challenge accepted! Bring it ON! » (oui, la petite voix parle souvent anglais) en dansant un Haka.

Soyons clairs, je n’aurais absolument pas envie de faire ça sur le long terme (ni même sur le moyen terme, en fait), mais sur une ou deux semaines, comme un défi ? Pourquoi pas ! Si ça arrive, je ne manquerai pas de te raconter…

Objectif eau potable : nos solutions

Comme je te le disais récemment, le problème principal de notre nouvelle maison, c’est son approvisionnement en eau. Elle n’est pas raccordée au réseau d’eau de ville et est alimentée par une source. Sauf que cette année, à cause de la sécheresse, la source ne coule pas.

Lors de notre emménagement, la cuve de stockage de l’eau située à la cave était quasi-pleine. Nous avions donc seulement 4500 litres d’eau en réserve et aucune visibilité sur la date à laquelle celle-ci allait se remplir. Peut-être en septembre, peut-être en octobre… peut-être jamais. En effet, qui nous dit que la source n’est pas tarie pour toujours ? Bref, on ne pouvait pas compter sur le fait qu’elle se remplisse rapidement.

Nous avons donc mis en place plusieurs stratégies.

Solution à long terme : trouver une nouvelle source

Tout le monde nous dit : « si vous trouvez une source par ce temps, c’est qu’elle est bonne ! » Il paraît qu’un temps de sécheresse, c’est le bon moment pour chercher une source. Forcément, si l’eau coule en ce moment, c’est qu’elle coulera tout le temps.

Nous avons donc fait venir un premier sourcier qui nous assuré qu’il y avait de l’eau à profusion sur notre terrain, et ce, à plusieurs endroits. De plus, ces sources seraient situées en amont de la maison, ce qui nous permettraient d’utiliser la gravité pour la faire descendre jusqu’à nous et d’éviter les problèmes liés à une pompe (consommation d’électricité, pannes, etc.). Bonne nouvelle !

Mais je t’avoue, voir un monsieur se balader dans l’herbe en tenant un pendule au bout d’une chaînette, puis s’exclamer tout à coup : « Oh là y en a ! Ouuuh, elle est bonne !! Ouh oui ! Elle est super bonne, ça fait carrément mal au bras ! » alors que le pendule frétille puis tourbillonne au bout de sa main (qui elle, bien sûr, remue aussi), c’est un peu trop ésotérique pour mon côté cartésien et/ou méfiant. Comment savoir que c’est le pendule qui fait bouger sa main et pas le contraire ?

Bref, j’ai accueilli ça comme une nouvelle, ni bonne ni mauvaise, et je suis partie faire ma lessive au lavomatic pour économiser de l’eau.

Sauf que quand l’entreprise de terrassement que nous avons trouvée est venue voir le terrain avec son propre sourcier et que ce dernier a trouvé de l’eau aux mêmes endroits et aux mêmes profondeurs, j’ai été obligée de commencer à y croire !

Il paraît que nous avons donc trois sources, dont deux à 10 mètres de profondeur, et une à 6 mètres. Nous avons pour mission de tomber tous les arbres dans un rayon de 10 mètres autour de cette dernière, pour que l’entrepreneur puisse revenir avec sa pelleteuse et creuser à la recherche de l’eau.

À suivre, donc. Peut-être que bientôt nous aurons assez d’eau pour creuser un étang sur la propriété… (On peut toujours rêver, non ?)

Solution à moyen terme : remplir les réserves d’eau

En attendant, il nous fallait pouvoir rajouter de l’eau dans la cuve de stockage de la maison, dont le niveau, au fil des jours, s’est mis à baisser dangereusement.

L’ancien propriétaire nous avait assuré qu’il avait mis en place un système de récupération de l’eau de pluie. Les tuyaux étaient effectivement tous là, mais au premier orage, force était de constater que cela ne fonctionnait pas.

Nous avons donc passé plusieurs jours à tester le système existant, puis à bidouiller quelque chose avec des tuyaux, une pompe et des cuves de récupération. Certes, il y a des tuyaux partout dans le jardin mais cela nous a permis de rajouter environ 1000 litres d’eau dans notre cuve de stockage depuis le début, et dès les premières grosses pluie, on devrait pouvoir remplir complètement la cuve. (Il faudrait juste qu’il pleuve…)

Cette eau est ensuite filtrée 3 fois et sort normalement en « qualité boisson ». Néanmoins, dans le doute (le système de filtre a lui aussi été mis en place par l’ancien proprio et j’ai un peu du mal à lui faire confiance), je ne l’utilise ni pour la boisson ni le brossage de dents ni le lavage des fruits et légumes qu’on mange crus. L’eau de cette cuve sert donc uniquement pour le nettoyage et les douches (et c’est déjà beaucoup !).

Pour nos besoins d’eau potable, je me rends à la fontaine d’eau potable du village voisin.

Entre mes jerricans en plastique très pratiques, mon grand coffre et le fait que la fontaine est située pile devant l’école de mes filles, cette corvée n’est pas si terrible que ça. Certes, c’est un peu lourd à transporter, mais ça permet aussi de démarrer des conversations avec les gens du coin (qui sont nombreux à partager le même sort que nous, d’ailleurs, surtout dans les fermes isolées).

Une fois arrivée à la maison, je filtre cette eau avec un système Berkey, pour m’assurer qu’elle n’a pas été contaminée pendant le transport, que ça soit par de la saleté ou par le plastique du jerrican (lors des premières utilisations, l’eau sentait très très fort le plastique à la sortie !).

Un jerrican de 10 litres suffit en général pour nos besoin en eau potable d’une journée, et j’en ai 4, donc il y en a toujours un qui est plein. On ne va pas mourir de soif demain.

Solution à court terme : économiser l’eau

Je n’ai jamais autant économiser l’eau !

Je t’avoue qu’avant, quand j’entendais que pour des raisons écologiques, il fallait économiser de l’eau, ça rentrait par une oreille avant de ressortir de l’autre pendant mes longues longues douches bien chaudes.

Je ne voyais pas trop le rapport entre l’environnement et ma douche. La Seine coulait pas loin, remplie d’eau. Il suffisait d’y puiser de l’eau et de la filtrer, non ?

Et puis, quand j’ouvrais le robinet, il y avait toujours de l’eau. Même en cas de sécheresse, il y a toujours eu de l’eau. Tout au plus, on me demandait d’arrêter d’arroser mon gazon (que je n’arrosais déjà pas, de toutes façons), mais mon eau de boisson, de douche, de tirage de chasse d’eau, de nettoyage des légumes à grande eau… cette eau-là n’a jamais été menacée. Difficile de se sentir vraiment concernée.

Là, c’est différent.

Là, je vois le niveau de la cuve baisser de jour en jour. Je porte l’eau de mes propres petites mains. Je suis péniblement consciente du poids qu’elle pèse, de sa rareté, de son caractère extrêmement précieux.

Dans ces conditions, économiser l’eau devient évident. Seconde nature, même. Il paraît qu’en France, un adulte consomme environ 160 litres d’eau par jour. Ici, nous consommons moins de 130 litres par jour… pour cinq humains, un chien et 4 poules.

Comment faisons-nous ? Je te raconterai ça la prochaine fois.

Anne, 4 enfants, je partage ici mes aventures ardéchoises. Au programme : cuisine locale et de saison, projets DIY, réflexions sur l’écologie… En savoir plus…

Instagram

Voir Plus
Something is wrong. Response takes too long or there is JS error. Press Ctrl+Shift+J or Cmd+Shift+J on a Mac.