Sélectionner une page

Quoi de neuf à la ferme en janvier ?

(Tu as vu ? Ça y est, j’ai décidé d’appeler notre terrain une ferme. Après tout, même si on en est qu’aux tous débuts, c’est bien ça que ça va devenir.)

En ce moment, j’ai un peu de mal à trouver le temps d’écrire de longs textes pour te raconter tout ce qui se passe ici, mais comme je fais souvent des photos pour le compte Instagram ainsi que des vidéos pour documenter les changements au fil du temps, je me suis dis que je pourrais en faire un petit montage. Il paraît qu’une photo vaut mille mots, alors une vidéo, ça doit bien en valoir 10 000, non ?

Alors voici ce qui s’est passé le mois dernier dans notre ferme permacole en devenir ! (Et si tu veux t’abonner à la chaîne Youtube pour être averti.e quand je publierai les prochaines vidéos, c’est par ici !)

 

Pourquoi créer un jardin-forêt comestible plutôt qu’un potager traditionnel

Comme je te disais la dernière fois, j’ai pour projet de créer sur notre terrain un potager un peu différent. Qu’on l’appelle jardin-forêt, forêt comestible ou jardin-forêt comestible, le principe est toujours le même. En voici les grandes lignes.

Tout d’abord, il faut savoir que chaque bio-région a un état naturel vers lequel elle tend. Dans nos contrées, comme sur la plupart du territoire européen, c’est la forêt. Ici, la nature a pour mission de créer des forêts partout. Dès qu’une parcelle de terre est dénudée, que ça soit suite à un feu de forêt, un glissement de terrain ou le passage d’un bulldozer payé par des gens qui cherchaient de l’eau (je ne vise personne, bien entendu), Dame Nature opère stratégiquement pour y réimplanter une forêt. On appelle ça la succession écologique.

Les étapes de la succession écologique

Etape 1

D’abord, les adventices (ce qu’on appelle communément « mauvaises herbes ») arrivent et s’implantent rapidement. Ce sont des herbes et fleurs annuelles dont les graines se propagent très vite avec le vent ou sur le dos d’autres animaux, comme les pissenlits, dont les graines s’envolent au vent, ou le gaillet gratreron, dont les graines poilues s’accrochent à la fourrure des animaux (ou au bas de nos pantalons) à la manière des scratchs de nos baskets d’enfance.

Ces petites plantes herbacées ont généralement besoin de très peu de terre, quelques millimètres de poussière humide leur suffisent (c’est pour ça qu’on les croise aussi dans les interstices des pavés en ville), et elles affectionnent le plein soleil. Ces herbes servent à fixer la couche arable (s’il en reste), et à créer de la terre petit à petit, puisqu’elles meurent chaque année et se décomposent en créant de l’humus.

À la fin de l’étape 1, il ne reste plus de sol nu. Tout a été recolonisé.

Etape 2

Ensuite, les buissons entrent en scène, en commençant par des espèces qui ont besoin de peu de terre fertile pour pousser, voir qui prolifèrent dans les sols pauvres. Ce sont par exemple les ronces, qui envahissent petit à petit le terrain grâce à leurs stolons, ou les genêts. Ces plantes ont différentes fonctions. La ronce produit des fruits qui attirent des petits mammifères et des oiseaux sur le secteur. Elle forme également petit à petit des buissons d’épines très denses, au centre desquels il n’y a quasiment plus de feuilles et où des petites pousses d’arbres peuvent se développer sans crainte de se faire écraser par un gros mammifère qui passerait pas là (un cerf, un sanglier, un humain…). Le genêt, lui, est une légumineuse qui comme toutes les légumineuses, a comme propriété de prendre l’azote contenu dans l’air et de l’injecter dans le sol. Il enrichit donc petit à petit la terre et permet aux pousses d’arbres de croître et se développer.

À la fin de l’étape 2, il ne reste presque plus de plantes herbacées, celles-ci n’ayant plus accès à suffisamment de soleil pour survivre.

Etape 3

Les petits arbres poussent et poussent et poussent, jusqu’à recouvrir totalement la parcelle et créer une canopée fermée de branches et de feuilles qui laisse passer peu de lumière en été, mais qui crée aussi un micro-climat protégé des vents et des variations de température. (C’est pour ça qu’en forêt, il fait frais en été !) Sous les arbres se développent soit des plantes qui tolèrent l’ombre (comme les fougères), soit des plantes qui profitent de l’absence de feuilles sur les arbres en début de printemps pour fleurir avant que la canopée ne se referme (comme l’ail des ours).

A la fin de l’étape 3, la forêt forme un système fermé et soutenable sur le long terme. Les genêts et ronces ont disparus (sauf éventuellement à la lisière de la forêt, ou dans une clairière créée en son milieu par un arbre âgé qui meure et tombe). En laissant tomber au sol chaque année leurs feuilles qui se décomposent en humus et en abritant des animaux qui viennent déposer du fumier (c’est à dire, oui, de la crotte) à proximité, les arbres renouvellent d’eux-même la fertilité du sol.

(Sur notre terrain, suite à un énorme feu de forêt il y a 15 ans, nous sommes au tout début de l’étape 3. Il y a pléthore de genêts et de très gros ronciers, ainsi que de nombreux jeunes arbres qui forment une canopée presque fermée et pas très haute.)

Pourquoi créer un jardin-forêt ?

Pourquoi je t’explique tout ça ? Pour te montrer pourquoi il faut investir tellement d’énergie lorsqu’on souhaite garder la terre à nu autour de nos cultures potagères désherbées, ou même simplement un espace potager ouvert. La nature veut reprendre ses droits, elle veut revenir à la forêt. L’en empêcher suppose beaucoup de travail de notre part : du désherbage, du débroussaillage, de la protection pour les plantes domestiquées faibles et/ou pas forcément adaptées à notre climat, etc.

Par ailleurs, il faut forcément apporter de la fertilité venue d’ailleurs (sous forme d’engrais, qu’ils soient bio ou pas), le potager traditionnel ne formant pas un système fermé soutenable.

Créer un jardin-forêt, c’est au contraire profiter de la tendance naturelle de notre terrain pour créer de la comestibilité et de la fertilité sans y investir autant d’énergie. On plante, les uns au dessus des autres :

  • un étage de grands arbres fruitiers ou à noix (châtaigniers, pommiers, pruniers, noyers…),
  • un étage de buissons fruitiers ou à noix (ronces, framboisiers, cassissiers, noisetiers…),
  • un étage de plantes pérennes comestibles (rhubarbe, fraises, moutarde, poireau perpétuel, tompinabours, ail des ours…).
  • et à travers tout ça, un étage de lianes fruitières (kiwi, vigne…).

Une fois qu’il est bien implanté, le jardin-forêt ne demande ni désherbage ni débroussaillage car il y a ni sol à nu ni place pour l’implantation de plantes indésirables (et par « indésirable », j’entends « plantes qui nous plaisent moins que d’autres », car il est évident qu’aucune plante n’est mauvaise en soi). L’entretien consiste alors « uniquement » à récolter les fruits et à tailler légèrement (une ou deux fois par an) certains arbres et arbustes qui deviennent trop envahissants et prennent le pas sur les autres.

Cela ne veut pas dire qu’on ne réserve pas certains coins plus ensoleillés pour créer des planches de culture où l’on peut installer des culture potagères plus traditionnelles (tomates, choux, salades), mais cet espace potager, même s’il demandera forcément plus d’entretien que le reste du jardin, sera entouré de forêt et profitera ainsi de sa fertilité et de sa protection.

À quoi ça peut ressembler ? Voici une petite vidéo explicative  pour te donner une idée plus claire.

 

Notre jardin à nous ne ressemblera pas exactement à ça, pour plusieurs raisons.

  • Déjà, parce que c’est 50 fois plus grand, et que je peux donc me permettre de laisser ou de planter des arbres non-fruitiers dans cette forêt, comme des frênes, des hêtres, des chênes (même si, en fait, les glands se mangent !), des pins sylvestres, etc.
  • Ensuite, parce que notre terrain est très en pente. Pour gérer et récolter au mieux l’eau de pluie, je vais implanter les arbres sur les courbes de niveau, perpendiculairement à la pente, et donc ma forêt sera un peu plus tirée au cordeau que ça (au moins au début). Je dois également prendre en compte la pente parce qu’ici le sud et surtout l’ouest sont de l’autre côté de la montagne, qui fait donc de l’ombre de ce côté là, contrairement à ce qu’on voit dans la vidéo.
  • Et enfin parce que pour ne pas boucher la vue depuis la maison (c’est tellement bon de pouvoir voir le soleil se lever sur les Alpes !!), la première parcelle que je vais traiter cette année sera plantée de fruitiers pas très hauts (framboisiers, cassis, noisetiers, pommiers nains, etc.) et de vivaces (sans l’étage supérieur de grands fruitiers, donc).

(Sur cette photo, tu peux voir un des rares arbres adultes qui a survécu à l’incendie, à droite sur l’horizon. Si on laisse tous les jeunes arbres que tu vois au premier plan pousser jusqu’à leur taille adulte, on ne verra plus les Alpes d’ici quelques années.)

Promis, je t’en reparle une prochaine fois, avec beaucoup plus de détail. (Je suis en train de te préparer une vidéo pour t’expliquer ce que je compte faire ici.) En attendant, je débroussaille petit à petit la parcelle de terrain qui sera mise en culture cette année.

La voici avant :

(Un gros bazar de genêts, ronces et jeunes érables.)

Pendant :

(Mon nouveau joujou préféré, avec ma scie à main, mon sécateur et mes gants anti-épines !!)

Et maintenant :

Et ce n’est pas fini car je vais faire tomber la plus grande partie des arbres que tu vois à droite dans cette photo, et couper à 1m50 max ceux que tu vois à gauche.

Certes, c’est beaucoup de boulot, mais je sais qu’une fois implanté, la charge de travail sera nettement plus raisonnable, donc j’y vais petit à petit, sans me presser, quelques heures toutes les après-midis… sauf bien sûr quand le potager est recouvert de neige comme aujourd’hui !

« Tu fais quoi dans la vie ? » ou comment traduire Homesteader en français

« Et toi, tu fais quoi, dans la vie ? »

Pendant les fêtes, je me suis plusieurs fois trouvée face à cette question, sans savoir trop quoi y répondre.

En Anglais, ç’aurait été simple : « I’m starting a homestead. »

Court. Compréhensible. Parfait.

En Français, c’est moins facile. En effet, le mot « homestead » n’existe pas dans notre langue. Certes, je pourrais franglisher et dire que je suis « homesteadeuse ». Après tout, ça fait bien 6 ans que je dis que je suis « blogueuse », c’est-tu pas pire. Mais vu que personne ne comprend ce que ça veut dire, ça ne m’aiderait pas vraiment.

Il me manquait le parfait petit résumé de notre projet. La formule percutante et facile à comprendre qu’on peut servir à sa voisine de table lors des réunions de famille.

Alors pendant les 9 heures qu’il nous a fallu pour relier la région parisienne à l’Ardèche le lendemain du jour de l’An, le siège arrière rempli de mômes drogués aux Kinder et le coffre débordant de jouets en bois éducatifs, mon mari et moi avons planché sur la question.

Voici quelques-unes de nos idées :

« Je suis en reconversion professionnelle pour devenir agricultrice. »

Sauf que… non. Cette formule donne l’impression que j’ai été subventionnée par le Fongecif pour intégrer le lycée agricole du coin où j’apprendrai à manager de gros troupeaux, manier des tracteurs énormes et gérer les dettes écrasantes qui vont avec. Au contraire, l’idée c’est d’apprendre sur le tas (ou presque), de ne pas s’endetter (ou presque), et de travailler à petite échelle. (Ou presque. Il nous faudra quand même une grande échelle pour réparer le toit qui fuit un peu depuis qu’il s’est enfin mis à pleuvoir. Mais c’est un sujet pour un autre jour.)

« Je suis paysanne 2.0. »

Oui enfin, non. En plus de dénigrer subtilement (ou pas si subtilement, d’ailleurs) les paysans d’antan, cette formule sous-entend que je travaille comme une bête dans les champs du matin au soir chaque jour que Dieu fait. Et j’ai envie de travailler dur, certes, mais pas de me tuer au travail, et certainement pas de recommencer exactement les mêmes processus chaque année. Mon objectif est au contraire de mettre en place des cultures pérennes les premières années puis par la suite, de profiter du processus de récolte pour en faire la maintenance. (J’aurais l’occasion de t’en reparler plus tard, mais si ça t’intéresse, ce livre m’a beaucoup inspirée.)

« Je suis fermière. »

Outre que ça m’évoque de suite des visions de jarres de lait délicatement déversées dans des pots comme dans la pub La Laitière, cette formulation implique que je compte vendre une bonne partie de ma production. Or, pour le moment, l’objectif est de produire suffisamment pour nous nourrir, de partager le reste avec mes voisins, mais pas de tenir un stand sur les marchés 3 fois par semaine et encore moins de vendre à une coopérative agricole.

« J’expérimente avec un nouveau mode de vie basé sur la création. Je veux construire et pas simplement acheter, produire et pas simplement consommer. »

Bon, là, clairement, c’est trop long. Et puis ça ne dit rien de ce que je fais concrètement. (Tu le vois, toi, mon futur troupeau de 10 brebis, dans cette formule ?) Sans compter que ça me donne l’impression à la fois d’insulter la personne en face de moi (qui fait très certainement partie de la société de consommation, comme nous tous) et d’être hypocrite (vu que dans ce genre d’occasion, il y a toutes les chances que je porte une tenue fabriquée intégralement au Vietnam, éventuellement commandée sur internet via mon MacBook).

« J’ai un projet d’autonomie alimentaire. »

Là, le risque est que mon interlocuteur m’imagine en train de danser à la pleine lune devant ma yourte, avec le reste de ma communauté hippie et mes dreads mal lavés. Ou éventuellement, si mon interlocuteur a pris une assez grosse dose de films américains, il peut me visualiser seule au milieu de la forêt, terrée dans un bunker anti-atomique rempli à ras bord de repas déshydratés et d’armes semi-automatiques, prompte à dégainer mon couteau de chasse pour égorger un cerf qui passe. Même si autonomie et autarcie n’ont rien à voir, les gens ont tendance à les confondre facilement.

« Je suis mère au foyer. »

Certes, mais pas que. Même si quand je lis la Petite Maison dans la Prairie, je peux facilement m’identifier à Caroline Ingalls, le terme est un peu réducteur dans la langue française moderne : il implique que je ne fais quasiment que m’occuper de mes enfants. Or, tu l’auras compris, même si mes enfants sont avec moi la plupart du temps, je fais plein d’autres choses. Comme Caroline Ingalls. (Enfin presque. J’ai encore un peu de chemin à faire.)

(En passant, si tu ne connais pas, je te recommande cette série de livres. Rien à voir avec la série télé, c’est passionnant !)

Bon, je dois te l’avouer : 9 heures de route n’auront pas suffit : nous n’avons pas trouvé notre formule choc. Peut-être en aurais-tu une à me souffler, toi ?

Objectif eau potable : bilan après 3 mois (et un trou de la taille du Grand Canyon)

Dans la série des bilans après 3 mois, continuons avec l’eau potable.

La dernière fois que je te parlais de cette saga, je t’ai laissé un peu en plan. Nous avions creusé un trou de la taille du Grand Canyon, trouvé de l’eau, puis nous l’avions reperdue dans les entrailles de la terre suite à un éboulement.

Le lendemain, j’ai pris ça avec philosophie. Pas grave, on allait trouver une solution ! Pour réussir, il faut tenter ! Échouer n’est qu’une étape vers le succès !

Le surlendemain, j’ai paniqué. On aurait jamais d’eau. C’était sûr. Et on aurait certainement jamais dû acheté cette maison. Quelle erreur monumentale !

Le jour suivant, j’ai pris ça avec humour. C’était quand même incroyable, cette aventure ! On en rira bien dans quelques années, autant en rire dès maintenant !

Le jour suivant, j’ai pleuré. Bou-hou. Qu’est-ce qu’on faisait là alors qu’on pourrait être tranquillement dans notre petit pavillon de région parisienne où on prenait des douches de 30 minutes sans même y penser ?

Bref, j’ai fait le yoyo comme ça pendant quelques jours. Trois semaines, pour être exacte. Au bout du compte, j’ai fini par surmonter ce revers grâce notamment au soutien de mon mari, qui comme à son habitude, gardait un sang-froid flegmatique face à mes incessants grands huit émotionnels.

Me voici donc requinquée pour te faire un état des lieux de nos perspectives en matière d’eau potable (mon premier article sur le sujet est ici si tu veux te rafraîchir la mémoire).

Option numéro 1 : creuser plus profondément

Notre premier essai n’ayant pas été concluant, nous allons tenter notre chance une nouvelle fois. Superbanco, place tes pions et relance le dé.

Cette fois, nous allons opter pour un forage. Un engin va arriver avec une sorte d’énorme perceuse pour creuser direction la Chine jusqu’à trouver de l’eau. Ensuite ils installeront une pompe électrique, une cuve de stockage et un paquet de tuyaux enterrés pour relier tout ça à la maison.

Les 3 sourciers que nous avons fait passer sont à peu près d’accord sur la profondeur : 40 à 50 mètres. Youpi ! En revanche, aucun ne s’accorde sur l’emplacement du forage. Alors, comme nous l’a dit le dernier sourcier qu’on a fait venir : « c’est à vous de choisir ! »

Merci monsieur le sourcier, encore un très bon conseil que voilà. Autant dire « plouf, plouf, ça se-ra là qu’on va fo-rer » ! Bref.

Côté budget, il nous en coûtera la modique somme de 70 euros du mètre, sans compter la pompe et tout le reste des travaux. Le tout pour un résultat assez aléatoire, tu l’auras compris. C’est un peu la loterie. Superbanco, place tes pions, relance le dé.

Mais bon, au moins on aura tenté et on n’aura pas de regrets. Et si ça fonctionne, on aura de l’eau ! Youhou !

Option numéro 2 : récolter l’eau de pluie, mais vraiment

Jusqu’à présent, nous avons bricolé vite fait un système pour récupérer l’eau de pluie. On récolte toute l’eau du toit dans une cuve de 300 litres, située environ 20 mètres en contrebas de la maison. Ensuite, à l’aide d’une pompe vide-cave, on la réinjecte dans les cuves de stockage de notre réseau d’eau, qui contiennent 5000 litres et sont situées dans la cave.

Ça implique des mètres de tuyaux vert fluo qui serpentent un peu partout, et une porte de cave qu’on ne peut plus jamais fermer, rapport aux dits tuyaux, mais ça marche !

Enfin, ça marche quand il pleut ! Évidemment.

Et il a très peu plu depuis qu’on est arrivés. En presque 4 mois, nous avons eu seulement 2 grosses pluies capables de remplir complètement nos cuves. Certes, ça nous a appris à économiser l’eau, mais ça reste un peu spartiate, comme confort. D’autant que manipuler bidons, seaux et saladiers remplis d’eau en permanence est nettement moins agréable à -5° qu’à 25° (surtout quand tu peines à chauffer ta cuisine à plus de 12 degrés avec ta cuisinière à bois vintage option merdique et ton isolation datée cerca 1874, mais c’est un sujet pour un autre article).

Malgré tout, on gardait espoir. On se disait que l’automne arrivait, et qu’il allait bien finir par pleuvoir plus régulièrement. Ça serait bien, ça serait chouette, on pourrait enfin prendre des bains et laver à grande eau des tonnes de roquette.

Et puis il s’est mis à neiger. Direct. Sans passer par la case pluie.

Et avec la neige est arrivé le gel, ce qui fait que notre pompe vide-cave s’est retrouvée figée dans un bloc de glace de 300 litres, telle un mammouth du paléolithique dans un glacier du Pôle Nord, et reliée à nos cuves par de longs serpentins de glace recouverts de plastique (les tuyaux gelés, faut suivre).

(Tout ça en plein milieu du flottement émotionnel dont je parlais plus haut, histoire d’en rajouter une couche. De neige. Haha. Ok je sors.)

Autant dire que j’ai remisé provisoirement mes rêves de cascades et de torrents, et qu’on s’est mis à réfléchir à une solution de récupération d’eau de pluie moins fragile et plus pérenne.

Bilan des courses : ce qu’il nous faudrait, c’est d’abord faire enterrer derrière la maison une cuve en béton pouvant contenir 10 000 litres d’eau, soit deux fois plus que notre capacité de stockage actuelle.

Pourquoi 10 mille litres plutôt que 5 ? Histoire d’éviter les certes rares mais néanmoins très éprouvants moments où nos cuves débordent et qu’on ne peut que constater avec impuissance le gâchis consternant de litres et litres d’eau se déversant dans la nature devant nos yeux embués. (Oui, ça nous rend tout chose, de gâcher de l’eau, maintenant.) Accessoirement, avoir 10 mètres cube de flotte en réserve nous permettra de tenir deux fois plus longtemps en cas de sécheresse prolongée, sécheresse qui ne manquera pas d’arriver étant donné qu’il n’y a plus de saisons, ma bonne dame, et que ça ne va pas aller en s’arrangeant.

Pourquoi en béton plutôt qu’en plastique ? Parce que déjà je n’aime pas le plastique, par principe. (Chacun sa religion, hein.) Mais aussi parce qu’il paraît qu’au bout d’un moment, celui-ci peut relâcher dans l’eau stockée des particules de plastique invisibles qui ne doivent pas être très bon pour la santé. Et surtout, parce que le béton permet d’alcaliniser l’eau de pluie, trop acide, de façon à la rendre potable.

Ensuite, nous demanderons à un zingueur (un mot qui existe vraiment, ai-je appris, et que je me suis empressée d’ajouter à mon nouveau vocabulaire, juste à côté de « surpresseur » et de « carotteuse ») de venir raccorder nos gouttières à la nouvelle cuve. Puis on reliera le tout à notre surpresseur et notre système de filtration en perçant un gros trou dans un mur de pierre porteur épais de 80 centimètres (même pas peur) à l’aide, donc, d’une carotteuse.

Et voilà, de l’eau. Et potable en plus. Fastoche.

Option numéro 3 : récolter l’eau de pluie, mais vraiment vraiment

Si 10 mètres cubes d’eau devraient suffire à alimenter en eau notre maison, ça ne suffira certainement pas pour arroser le jardin et abreuver les bêtes. Il nous faut donc trouver un moyen de récolter encore plus d’eau.

Jusqu’à très récemment, je ne voyais aucune solution à cet épineux problème. Je ne pouvais que prier pour que notre forage soit un succès, même si pomper de grandes quantités d’eau à plus de 50 mètres de profondeur pour l’étaler en surface fait un peu mal à mon petit coeur d’écolo très « aware“ des nappes phréatiques en constante baisse.

Puis, lors de mon dernier weekend de formation en permaculture, mes camarades (a-t-on encore le droit de parler de camarade une fois passée l’école primaire si on n’est pas communiste ?) m’ont soufflé une idée, certes un peu folle, mais qui pourrait bien fonctionner.

Vu que nous avons déjà créé un cratère énorme, bien situé en hauteur par rapport au reste du terrain, pourquoi ne pas l’utiliser pour créer un gigantesque réservoir d’eau ?

Car sur notre terrain, en amont du trou, passe un chemin de terre sur lequel nous pourrions potentiellement récolter plus de 300 000 litres d’eau de pluie par an. À l’aide de quelques cunettes (tu as peut-être déjà croisé ces espèces de caniveaux creusés en travers des chemins de terre en pente pour en évacuer l’eau et éviter le ravinement) (et hop, encore une nouveauté dans mon lexique !) bien placées, nous devrions pouvoir rediriger tout ce liquide vers le trou. Celui-ci aura été légèrement (ok, beaucoup) remanié pour créer une grande cuvette pouvant contenir jusqu’à 250 mètres cubes d’eau. Largement de quoi subvenir à nos besoins en eau pour les bêtes et le jardin.

Notre chantier immonde deviendrait alors un joli étang peuplé de grands roseaux, de poissons multicolores, de grenouilles mélodieuses (ça chante fort, les grenouilles) et de canards coin-coin, qui pourrait abreuver brebis, poules et tomates en utilisant la simple force de la gravité, tout en ralentissant l’érosion et en rechargeant les nappes phréatiques.

Ça fait rêver. Ça me fait même fantasmer en Technicolor sur l’écran noir de mes nuits blanches.

Il me reste à en discuter avec mon terrassier (oui, « j’ai » un terrassier comme avant « j’avais » un coiffeur, hashtag nouvelle vie) pour avoir son avis sur cette idée, ainsi que vérifier quelques détails techniques et juridiques, mais pour le moment, l’idée m’enchante.

À suivre, donc.

Sur ce, je vais boire un verre d’eau. Car ne perdons pas de vue que malgré les quelques déconvenues occasionnées par cette aventure que nous avons choisie tout à fait librement, nous buvons à notre soif chaque jour et que j’ai toujours accès facilement à de l’eau potable, même s’il me faut parfois l’acheter en bidons de 5 litres à Super U.

Ce n’est vraiment pas le cas de tout le monde.

Alors bien que je chouine parfois sur mon sort, je mesure chaque jour avec gratitude et humilité la chance que l’on a.

Anne, ancienne parisienne, nouvelle paysanne. Je te raconte comment je crée petit à petit un jardin-forêt en permaculture sur mon terrain de 7 hectares en Ardèche verte. En savoir plus…

Instagram

Something is wrong.
Instagram token error.
Voir Plus