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En déménageant en Ardèche, nous avions le projet énoncé de se rapprocher de la nature. Mais nous avions aussi, derrière ce projet, un rêve.

Un rêve pas tout à fait avoué, ni même tout à fait conscient.

Nous rêvions d’un retour à la terre. Un retour à la paysannerie, même, où il ne s’agirait pas de simplement vivre plus près de la nature, mais d’interagir avec et d’en tirer notre subsistance. Un rêve issu d’influences variées telles que La petite maison dans la prairie, Une hirondelle a fait le printemps, Jean de Florette (en moins tragique, espérons-le !) et le mouvement des nouveaux “homesteaders” américains. Un rêve qui, je crois, me suis depuis mon enfance, quand à 11 ans, je me suis passionnée pour la vie de Laura Ingalls.

Au cours de cette dernière année, ce rêve s’est peu à peu précisé, aidé de mes nombreuses lectures (bien plus concrètes cette fois : The Resilient Farm and Homestead, de Ben Falk, ou encore The Nourishing Homestead, de Ben Hewitt, tous les deux ultra-inspirants) et des rencontres faites sur place (des néo-ruraux partageant le même rêve et des locaux qui le vivent depuis des années sans toutefois le nommer ainsi).

Et petit à petit, notre rêve est devenu projet. Dans les grandes lignes, nous souhaitons :

  • aller plus loin encore que le “local” et tirer la majorité de nos calories de notre terre,
  • savoir d’où vient notre nourriture, comment elle a été élevée,
  • utiliser notre propre corps pour extraire notre subsistance du paysage (j’en ai assez d’être assise à un bureau toute la journée pour gagner de quoi acheter ce que je mange pendant que mon corps souffre de ne pas bouger),
  • favoriser les échanges avec la communauté locale (il ne s’agit pas de vivre en autarcie),
  • utiliser des manières de production qui n’abîme pas, voire qui régénère la nature (comme le fait Ben Falk dans sa ferme du Vermont) et des méthodes d’élevage et d’abattage des animaux les plus respectueuses possibles,
  • faire participer nos enfants, à leur niveau, qu’ils puissent savoir d’où vient la nourriture qui leur permet de vivre.

Concrètement, à quoi cela pourrait ressembler ? Nous imaginons pour commencer :

  • un très grand potager, pour les légumes ;
  • de nombreux arbres fruitiers : pommiers, poiriers et cerisiers, bien sûr, mais aussi groseilliers, myrtilliers, cassissiers, framboisiers, châtaigniers, noyers, noisetiers, etc. ;
  • une demi-douzaine de poules et un coq, pour l’engrais, les oeufs et la viande de poulet ;
  • une demi-douzaine de brebis, pour l’engrais, le débroussaillage et la viande d’agneau ;
  • quelques ruches, pour la pollinisation et le miel.

Puis par la suite, pourquoi pas un ou plusieurs cochons pour le saucisson, des champignons, une chèvre pour le fromage, des canards, des oies…

Si tu me connais, à ce stade, tu es peut-être en train de rire. Moi qui ne suis pas capable d’assurer la survie d’une plante verte à la maison, je compte me lancer dans la culture maraîchère ? Moi qui ne supporte pas de conduire autre chose qu’une voiture à la direction très assistée, je vais ajouter un tracteur dans mon quotidien ? Moi qui, il y a peu de temps encore, savait à peine distinguer une brebis d’une chèvre, je vais me lancer dans l’élevage ? C’est une blague, non ?

D’un côté, ce n’est pas faux ! (Mais ce n’est pas une blague !) Mon mari et moi avons des lacunes de compétences qu’il va falloir combler. Et je l’avoue, ça me fait un peu peur.

Mais d’un autre côté, j’adore apprendre. J’ai déjà lu des dizaines de livres sur le sujet, je connais désormais des gens sur place qui seront d’accord (ravis, même !) de me conseiller au fur et à mesure, et je sais que quand je suis motivée, j’apprends très vite. Après tout, il y a quelques années, mes compétences en cuisine se bornaient à ouvrir une barquette Picard et je ne savais pas distinguer une courgette d’un concombre. Aujourd’hui, non seulement je reconnais tous les légumes, même les plus bizarres, mais je sais exécuter de mémoire des centaines de recettes pour les cuisiner.

Je ne dis pas que je n’ai pas le trac devant la montagne de choses à apprendre et que les questions ne se bousculent pas dans ma tête (comment sait-on qu’une brebis a assez mangé, par exemple ? Qu’une abeille est malade ou pas ? Qu’un oeuf est fécondé ou pas ?), mais je me dis qu’il faut bien commencer quelque part. Qui ne tente rien n’a rien, comme dirait l’autre.

L’hiver dernier, ayant un projet plus précis en tête, nous sommes donc passés à la phase recherche. L’idée, c’était de trouver une maison qui puisse nous accueillir tels que nous sommes maintenant, mais avec le potentiel nécessaire pour que l’on puisse développer notre projet (et nos compétences) ensuite.

Nous recherchions donc notre maison idéale avec les critères suivants en tête.

  • Une maison ancienne en pierre qui soit habitable de suite, car notre savoir-faire en bricolage n’est pas considérable (encore un domaine où on a prévu de « monter en compétence »), et n’inclut en tous cas ni la maçonnerie ni la toiture.
  • Un terrain d’au moins 4 hectares, pour avoir suffisamment de place pour tous nos projets.
  • Une position dominante et une vue panoramique sur les montagnes.
  • Une exposition sud ou sud-ouest, avec une maison adossée au côté sud d’une montagne (très important ici si tu veux voir le soleil en hiver !).
  • Un petit budget (comparé à ce qu’on trouve en région parisienne, du moins), pour ne pas s’enliser dans 25 ans de crédit immobilier, ce qui nous freinerait par la suite (notamment en nous clouant à nos bureaux pour gagner de quoi rembourser les traites).
  • Un accès internet haut-débit, pour pouvoir continuer à travailler de chez nous pour gagner de quoi rembourser ledit crédit.
  • Pas trop loin (15 mn max en voiture) d’une ville de taille moyenne, le genre où on trouve au moins un médecin, un boucher et un ciné.
  • Une situation isolée, assez loin des routes passantes, et de préférence entourée de forêt pour éviter les cultures céréalières et les éventuels épandages de produits chimiques qui les accompagnent.

Et après avoir passé 3 mois à visiter plus de 30 maisons, nous avons trouvé la maison de nos rêves !

Je te la présenterai la prochaine fois…